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Mes publications

Ouvrages

POULAIN, F. (sous la dir), Les églises de l'Eure à l'épreuve du temps, Editions des Etoiles du Patrimoine, 2015, 240p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010, 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F.Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F,Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements), Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.),Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise,Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Bulletin des Amis des Monuments et Sites de l'Eure (2012-2014),Rapport sur le mal logement – Fondation Abbé Pierre(2008-2014),Études Foncières(2000-2009),Le Moniteur (2005),Espaces, Tourisme et Loisirs(2005- ),Les Cahiers de la RechercheArchitecturale et Urbaine (2004),Territoires(2004),Le Caravanier, camping-caravaning(2004),Cahiers Espaces (2001-2003),Labyrinthe (2001),Urbanisme(2000) + nombreux articles dans des revues grand public (Libération,Le Monde,Le Point,Le Moniteur,Ouest-France...)

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007) « Camper au XXIesiècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » (2007)Identités en errance.Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.),Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004),« Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale(2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 09:10

Voici le texte d'une conférence donnée à Tours,  « Camper au 21ème siècle ou le paradoxe du mouvement arrêté » in atelier CR1 « Identités et territoires », AISLF, Association Internationale des Sociologues de Langue Française, atelier de F.Moncomble. (7 juillet 2004). (texte intégral)

C’est par le mouvement que nous pouvons définir l’époque actuelle. Le mouvement est   partout ; il  caractérise en particulier les habitats de plein air qui semblent répondre à ce besoin.

Les habitats de plein air semblent correspondre à un besoin de mouvement. Les tentes, caravanes, mobile homes ou camping-cars apparaissent comme les figures mêmes de la mobilité et de la non-pérennité. Leur existence est subordonnée à une résidence dite principale et leur particularité est de permettre aux usagers de voyager et de séjourner dans des lieux de manière temporaire. Tout laisse à penser que les campeurs recherchent certes le plein air mais que c’est surtout l’idée de la mobilité qui les séduit. L’hypothèse de cette identité partagée par l’ensemble des campeurs est émise par le chercheur, ce qui pose problème car il n’est pas certain que les personnes concernées en aient réellement conscience. (faut-il laisser cela ?)

Dans le cadre de cette hypothèse, nous allons analyser l’évolution de la pratique du camping, en nous interrogeant particulièrement sur l’existence potentielle d’une mémoire qui se serait créée au sein des terrains de camping et qui serait de nature à perdurer au-delà de la présence concrète des campeurs et/ou de leurs habitats. Existe-t-il une mémoire commune du mouvement et de la mobilité qui s’attache aux lieux ? Comment s’est-elle constituée et fonde-t-elle leur identité ? Les lieux portent-ils cette mémoire de la mobilité ? Les évolutions en matière d’habitat, notamment l’apparition du mobile home, ont-elles eu des conséquences sur cette mémoire ? Quel est le rapport entre cette mémoire et la réalité présente dans les terrains de camping ?

Les résultats présentés ici sont issus d’une recherche en cours portant sur l’analyse de plusieurs terrains de camping situés sur l’ensemble du territoire national. La localisation géographique est importante notamment pour déterminer si cette « culture » de la mobilité peut être similaire quel que soit le lieu étudié ? Des différences existent-elles en fonction de la durée d’occupation ou du taux de mobilité des parcelles ?

Depuis un peu plus d’un siècle, le camping s’est imposé comme le mode de vie de loisirs permettant une liberté quasi-totale de mouvement. Aujourd’hui idéalisé comme porteur du concept de nomadisme, la vie de plein air a permis aux urbains, de partir, de voyager, de s’affranchir de la sédentarité et de rêver d’ailleurs. Passer sans traces et sans marquer un espace. Nous allons nous attacher à décrire les habitats premiers du camping, à savoir la tente et la caravane afin de mettre en évidence les éléments « de mobilité » issus de leurs (dans= j’ai enlevé) leurs caractéristiques propres. Comment l’identité intrinsèque des campeurs s’est-elle constituée autour de la mobilité et d’une liberté totale de mouvement ? Nous étudierons également les premiers lieux d’accueil créés spécialement pour ces habitats mobiles et nous essayerons de comprendre comment s’est constituée l’identité des campeurs et la mémoire des lieux.

Les habitats de camping sont mobiles et subordonnés à l’existence d’une résidence principale. Les modèles des premières tentes sont issus des stocks militaires et ont été utilisés par des individus seuls ou en petits groupes afin de retourner à un mode de vie anti-urbain.

Il a fallu attendre le début du 20ème siècle, en Europe, pour que des citadins utilisent la tente comme un habitat de loisir. « Les pionniers de la randonnée-camping (...) partaient coucher dehors au grand ébahissement de leur entourage, utilisèrent comme premier abri une simple toile tendue horizontalement au-dessus d’eux par les quatre coins au moyen de cordes attachées à des arbres »[1]. Les premières tentes civiles pour les loisirs sont appelées les « bonnets de police » car elles sont faites grâce à « deux piquets plantés verticalement à quelques mètres l’un de l’autre et reliés par une corde permettent de poser la couverture de peau »[2]. La tente est le moyen le plus économique de partir en vacances et « constitue la pièce principale du matériel de campement. Elle seule donne ce sentiment d’indépendance complète, de liberté absolue qui fait la meilleure part de la joie du campeur. Plus d’hôtels ou de granges à chercher de porte en porte, plus d’étapes que l’on doit allonger souvent en vain pour trouver un gîte convenable »[3].

L’apparition de la tente canadienne va changer beaucoup de choses : « on a ajouté des murs d’environ 35 cm et parfois une abside permet de ranger des sacs »[4]. La canadienne restera un modèle commercialisé jusqu’aux années 1990 et aura quelques concurrentes célèbres. Ainsi, l'Itisa, tente à mât d’origine anglaise, sera fabriquée dans le monde entier. « En France, c’est le Touring Club de France qui s’en fait le promoteur. On la perfectionne, en changeant la forme de son trapèze, en composant un élément horizontal au sommet du mât, en lui adjoignant des auvents plus ou moins vastes. Le poids est toujours situé entre 3 et 5kg »[5]. Les tentes lourdes étaient proscrites par les campeurs qui les trouvaient souvent peu pratiques et difficiles à monter. Avec l’arrivée des congés payés, les campeurs recherchent de tentes plus spacieuses où la famille peut habiter, ce qui diminue la mobilité initiale.

Tout d’abord roulotte, l’habitat de loisir le plus vendu en France au cours du 20ème siècle (plus d’un million d’exemplaires vendus) a été dénommé « caravane » en référence à ce qui constitue encore aujourd’hui le rêve absolu en terme de voyage et de découverte. Il est néanmoins assez étonnant que ce terme lié à une vie sauvage ait pu être rattaché à un habitat hyperindustrialisé. Est-ce parce que la caravane permettait de revenir à une vie plus naturelle ?

Le terme « caravane » est historiquement assimilé aux longues processions[6] humaines ou animalières qui servent à transporter les marchandises. Les premières caravanes sont citées dans la Bible[7] dans la Genèse lorsque les frères de Joseph essayent de le tuer en le jetant dans une citerne vide. En Europe, le terme de caravane signifiant convoi est importé du Moyen-Orient par les Croisés au 11ème siècle. Les premiers modèles de remorques conçues pour circuler et/ou pour y séjourner furent les litières. Les berlines de voyage poursuivirent le mouvement. Mais le véritable tournant viendra avec l’apparition des verdines[8] plus confortables que les tentes traditionnelles.

Au milieu du 19ème siècle, les touristes anglais sont les premiers utilisateurs de ces « roulottes[9] » pour leurs loisirs. Dès 1896, L. Baudry de Saunier, qui est le premier journaliste automobile et « fondateur des revues La Locomotion, La Vie Automobile et Omnia »[10], publie un article visionnaire sur la roulotte dans le Touring-Club de France : « La roulotte est un élégant mode de tourisme ; conduire un véhicule attelé à sa maison me paraît devoir être un plaisir très vif. (…) Il faut devancer la mode et la mode sera demain, certainement de parcourir la Normandie ou la Provence dans son appartement à roulettes »[11]. Dans cet article, L. Baudry de Saunier cite également le Journal de l’art du Carrossier (Coach builder’s Art journal) qui « vantait en ces termes l’utilité des roulottes et leur confort : « Elles contiennent, au centre, sous le plancher, une baignoire ». »[12].

Pendant l’entre-deux guerres, R.R. Miller se rend en Angleterre et expose que les roulottes construites par des hommes riches « étaient luxueuses et confortables, de véritables maisonnettes sur roues. Elles étaient meublées très complètement de lits, tables, étagères, armoires, fourneau et une ou deux tentes supplémentaires étaient jointes pour loger des serviteurs et les amis pour lesquels ils n’y avaient pas de place dans la roulotte »[13]. Ce type de roulotte fut également utilisé en France, principalement par des particuliers qui construisirent leurs propres remorques habitables. Par exemple, « M. Bouthet des Gennetières, qui se plaisait à parcourir la France en famille dans une sorte d’omnibus attelé à quatre chevaux, décide en 1913 qu’il est l’heure de vivre avec son temps. Il fait donc poser sa roulotte sur un châssis de camion. (…) [En 1922], M. Collin-Dufresne va plus loin : sa villa roulante sur châssis Renault de 45 HP possède un étage télescopique offrant trois chambres et une extension en toile servant de salle à manger aux domestiques »[14].

Les années 20 sont marquées par le développement de l’automobile et les personnes aisées feront tracter leur habitacle par des voitures. « En 1939, on estime le nombre de caravanes circulant en France à une centaine »[15]. Pendant les années 30, la plupart des roulottes fabriquées sont réalisées par des constructeurs autodidactes. M. Constantin-Weyer visite « des remorques-roulottes faites en série (…) avec une ingéniosité magnifique, faites d’une vieille paire de roues d’autos, d’un essieu, de deux voliges et d’un heureux assemblage de contreplaqué et de toile d’avion »[16]. Entre l’utilisateur d’une caravane et le campeur, quelles différences pouvons constater ?

Qu’est-ce qu’un campeur ? Quelles sont les envies qui ont poussé des citadins, bénéficiant du confort moderne, à vouloir repartir dans la nature ? A partir des écrits des principaux auteurs contemporains de l’émergence de ce mode de vie de loisirs, nous allons essayer de mettre en avant ce qui a conduit les citadins « hors la ville » et par la même de mettre en évidence ce qui constitue les grands traits identitaires des premiers campeurs.

Le thème d’un retour salvateur à la nature a été utilisé dès les premières années du camping en France puisque les grands auteurs sur le camping comme J. Loiseau, J.J. Bousquet ou J. Hureau estiment même que le camping a été créé en réaction aux nouveaux modes de vie qui ont fait leur apparition à la fin du 19ème siècle. En plus de fortifier les corps et les esprits, le camping permet de ne plus subir les contraintes imposées par la vie urbaine et offre la possibilité à chacun d’être son propre maître. Il ne s’agit pas d’une question de distance ou des caractéristiques de la nature visitée, mais plutôt du sentiment d’être en dehors de la ville. La fuite est d’ordre physique et psychologique. Jamais réellement éloignés de la ville, les premiers campeurs tiennent un discours qui met l’accent sur la (marque=enlevé) coupure, liée à la mobilité et au déplacement.

Le camping est envisagé comme intercesseur entre l’homme et la nature. J. Hureau expose qu’il est nécessaire de « se retrouver de temps en temps au sein de la nature, échapper pour quelques heures aux bruits de la ville, se réapprendre à écouter la leçon de la terre, des arbres, du ciel, [car c’est] le seul moyen d’échapper à l’abêtissement et à l’asservissement total »[17]. Cet auteur estime que le camping est particulièrement bien adapté aux jeunes des villes, qu’ils soient étudiants, ouvriers, bureaucrates ou intellectuels ; car ils n’ont pas les moyens d’avoir une résidence secondaire pour s’extraire du monde urbain. Cette idéologie d’un retour salvateur à la nature est notamment développée par les scouts dans la mise en œuvre de camps pour les jeunes.

Les courants idéologiques auront des conséquences sur les habitudes des citadins et les pousseront à se rendre à la campagne. M. Constantin-Weyer décrit dans le flâneur sous la tente l’arrivée d’une petite troupe de citadins dans son petit coin de verdure choisi pour un week-end. « Les autos se rangèrent en bon ordre sur la prairie, comme pour un bivouac militaire. Les unes traînaient une remorque, et je m’aperçus que ces remorques étaient des roulottes. D’autres laissèrent échapper des tentes multicolores. Une voix de femme s’écria : Tiens, un « canoë »… [Le narrateur aperçoit à ce moment un de ses amis] - Comment diable êtes-vous ici, lui dis-je ? -        Week-end ! … Nous faisons partie d’une association de campeurs, comme vous le voyez. Tous les samedis matins, nous partons de Paris pour un coin quelconque de France. Nous avons qui des roulottes, qui des tentes. Et nous restons là, en pleine campagne, jusqu’au lundi matin. Le lundi à une heure de l’après-midi, nous sommes de retour à nos bureaux »[18]. Les campeurs, débutants ou aguerris, ont tous la volonté de reprendre en main leur vie en ayant une existence autonome pendant quelques jours. J. Loiseau estime qu’il n’y a rien de plus gratifiant que de « vivre indépendant ! ne compter que sur soi, rompre la monotone tyrannisé des habitudes acquises et des conventions humaines, fuir le rythme assourdissant des villes. Etre libre, enfin, de réfléchir et de méditer au contact de notre grande mère à tous, la Nature »[19]. Il ne s’agit pas d’assurer l’ensemble de sa subsistance mais plutôt de vivre à son propre rythme, qui n’est ni celui de la ville, ni celui de la campagne. Ce nouveau rythme est celui des loisirs que découvrent en masse les citadins de l’après-guerre.

En 1957, J.L. Ballereau expose que le campeur est et demeure un être civilisé mais qu’il peut grâce au camping s’évader des chaînes qui le retiennent car « cet attribut du nomadisme, la tente, qui en certains points du globe constitue encore l’unique habitat de peuplades peu évoluées, est devenu l’instrument incomparable grâce auquel le civilisé s’évade aussi souvent qu’il le peut de la ville surpeuplée. [L’homme citadin est] las de la vie artificielle qu’il y mène et de l’atmosphère viciée où il étouffe, il éprouve un besoin extrême d’air pur et de soleil »[20]. Et déjà, l’ensemble de ces auteurs commence à rejeter les « hédonistes » qui recherchent la caravane pour leurs vacances, car il leur semble que c’est moins « naturel » que la tente.

Durant la première moitié du 20ème siècle, les campeurs chercheront les lieux situés en pleine nature, tout en effectuant des allers-retours en ville afin de se ravitailler. Ils seront toujours peu nombreux à réellement vivre de cueillette et de chasse pour se couper complètement de la vie urbaine. La mémoire des campeurs ne se fera pas au niveau des lieux de camping puisque les campeurs remportent tout et ne laissent, du moins dans le meilleur des cas, que des traces minimes de leur passage : feuillées, barbecue ou souvenirs de modernité dans les villages ruraux traversés. Les échanges qui vont constituer le groupe et l’identité commune des campeurs se développeront dans les clubs de camping, comme le Touring Club de France, la fédération française de camping-caravaning, les compagnons de la bonne humeur, le Camping-Club Français, l’association des Voyages de camping et de vie en plein air, l’Auto-Camping Club de France ou le Moto-camping Club de France. Il n’existe pas d’attachement à un terrain en particulier, si ce n’est par le biais d’écrits ou de paroles transmises dans et par ces associations.

Les terrains de camping se sont développés afin de répondre à l’augmentation du nombre de campeurs et de caravaniers et à leur demande sans cesse accrue de services et de lieux leur permettant de passer des vacances dans les meilleures conditions possibles. Le mouvement fait des pauses. Les habitats demeurent majoritairement mobiles et seules les infrastructures demeurent ; pourtant les personnes qui s’y trouvent semblent appartenir à la même communauté. Est-ce lié à leur habitat et à sa mobilité initiale ou à leurs attentes de vacanciers ? Viennent-ils parce qu’ils savent qu’ils vont se retrouver « entre eux » ?

En France, l’accroissement du camping et surtout de la caravane est corollaire au développement du taux de motorisation des ménages et à l’industrialisation de la fabrication des caravanes.

Après la fin de la guerre, les roulottes sont progressivement abandonnées, les constructeurs passent à une fabrication industrialisée de caravanes et de véritables entreprises industrielles remplacent les quelques 2000 compagnies familiales issues de la guerre. A partir des années 1960, les constructeurs se regroupent ou disparaissent, ce qui clarifie le marché. L’ère de l’industrialisation arrive et les modèles auto-construits disparaissent de la circulation. La préfabrication des habitats mobiles leur permet de devenir des biens de consommation accessibles. En octobre 1960 « la firme Georges et Jacques présente la Pitt, une « presque 3 mètres » à 2900 francs. On la baptise boîte d’allumettes... Les rieurs déchantent : le succès commercial est considérable »[21].

En 1965, la libéralisation des importations des hébergements de plein air permet aux modèles anglais peu coûteux d’inonder le marché français. Les innovations se succèdent et les Français découvrent les fenêtres panoramiques, le mini-bar dans les années 70, et par la suite les bow-windows et autres améliorations venues d’Outre-Manche. Les dimensions et surfaces des modèles augmentent, jusqu’à ce que les campeurs ne puissent plus effectuer que des allers-retours entre leurs résidences principales et le terrain de camping qu’ils ont choisi. L’itinérance diminue considérablement.

A partir de 1950, le développement de la caravane va connaître une envolée spectaculaire. Elle devient plus confortable, plus autonome et les campeurs l’utilisent au maximum de ses possibilités en séjournant là où ils le souhaitent : bord de mer, étang,… les sites privilégiés seront pris d’assaut. Les campeurs prennent plaisir à parcourir les routes et profitent des moments de détente situés sur les trajets. La mobilité des habitats permet aux citadins de connaître de nouvelles formes de vacances et de découvrir le plaisir de disposer de plusieurs lieux de résidence. C’est la mobilité qui fait le succès de ces habitats préfabriqués.

La caravane procure l’avantage de pouvoir être implantée partout. Ainsi jusqu’à la fin des années 1970, de nombreux campeurs pratiquent le camping sauvage et envahissent « de grandes zones naturelles ouvertes et d’accès libre, correspondant en général à des massifs dunaires. Sa caractéristique essentielle est la bordure immédiate du littoral, quel que soit le contexte alentour. Ce qui compte c’est camper les pieds dans l’eau »[22], mais la concentration massive que connurent ces espaces poussent les pouvoirs publics à mettre en place une politique publique de résorption, à assurer le développement du camping-caravaning sur parcelles privées[23] et surtout à renforcer l’importance/la place des terrains de camping. Les campeurs sont de plus en plus nombreux à rechercher un confort amélioré par des services supplémentaires. Ils le trouveront dans les terrains de camping qui passeront du statut largement associatif à celui d’entreprises privées.

Les premiers terrains de camping sont simplement des socles pré-aménagés pouvant recevoir les « habitats qui bougent ». Il ne s’agit plus uniquement de champs offerts aux campeurs utilisant la tente et se regroupant autour d’un feu de camp. Les terrains commencent à être rationalisés : des parcelles sont dessinées sur le sol, des allées et des équipements collectifs sont mis en place (lieu pour faire sa vaisselle, douche, sanitaires,..). Ces équipements permettent aux campeurs de passer des vacances très agréables puisqu’ils ont l’opportunité de disposer de tout le confort moderne. Il est ici nécessaire de rappeler que la grande majorité des caravanes ne possédait pas de toilettes et que tous les campeurs ne se sentaient pas une âme d’aventurier ou de robinson.

Les habitats et la population qui les occupent se renouvellent en permanence et les campeurs apprécient de ne pas se retrouver dans un univers figé. Ce ne sont pas des lotissements de résidences secondaires immobiles. Tout est sans cesse en mouvement, à la fois parce que les habitats et leurs propriétaires ne demeurent que quelques jours ou quelques semaines mais également parce que la mise en commun d’un certain nombre de services habituellement intégrés aux habitations imposent des déplacements incessants. Les rencontres au bac à vaisselle ou l’attente du pain le matin constituent des moments privilégiés qui participent à la constitution d’un mode de vie particulier, d’une force insoupçonnable de l’extérieur. Et ce mode de vie s’impose à tous ceux qui séjournent.

 Nous faisons l’hypothèse que la mobilité des habitats a conduit à ce que la mémoire collective des campeurs -et fondatrice de leur identité- s’imprègne et s’intègre aux lieux, comme des odeurs dans les murs. Dans le cas des terrains de camping, la mémoire des lieux s’est constituée à partir d’habitats en mouvement et non d’un cadre urbain fixe. Or, ici les habitats et les gens sont mobiles, mais la permanence de ce mouvement crée une identité, une mémoire commune. On assiste à une fixation de l’identité des campeurs. Il suffit d’être dans l’un de ces lieux pour être campeur. Cela facilite l’identification et n’existe plus de faire de grandes traversées de l’Afrique ou de se rendre au fond des bois.

Avec plus de 11500 terrains de camping, la France est le premier pays au monde en matière d’accueil d’habitats de plein air. Ces lieux offrent un peu plus d’un million de places dont 60% sont louées à l’année qui accueillent de plus en plus des habitats sédentarisés, dans une proportion inconnue. De fait, ces lieux ressemblent plus à des lotissements de loisirs qu’à des lieux de camping et pourtant les vacanciers qui s’y trouvent ne se définissent que comme campeurs, dans leur relation au plein air et à la liberté procurée par la mobilité. Est-il alors possible que la mémoire de la mobilité perdure et ait créé un environnement spécifique dans les terrains de camping ? Quand le mouvement s’arrête et que les habitats de plein air se sédentarisent, la mémoire perdure-t-elle ? La mémoire qui s’est constituée est-elle plus forte que la réalité ? Est-elle attachée au lieu, c'est-à-dire au terrain de camping ? Est-ce que toutes les personnes qui vivent dans des habitats « immobiles » sont campeurs ? En effet, ne faut-il pas que les personnes restent dans l’alternance de résidences pour appartenir à cette culture du camping ? Que se passe-t-il pour tous ceux qui ne sont plus mobiles et qui demeurent dans les terrains de camping car ils n’ont pas d’autre choix ?

« Mobile home » : un terme encore plus évocateur de mobilité que ceux de « tente » ou de « caravane » alors que cet habitat assimilé à une caravane de grandes dimensions ne peut être déplacé que sur un poids lourd. Plus de 20.000 unités sont vendues par an. Le boom du mobile home est parallèle à l’explosion du camping-car et à la régression de la caravane[24].

En 1970, les vacanciers se tournent de manière massive vers les mobile homes anglais, seuls disponibles alors sur le marché, peu confortables et résistant mal aux intempéries. Les campeurs sont obligés de faire des travaux d’aménagement qui conduisent les détracteurs du camping à traiter les regroupements de ces habitats de « bidon-villes », mais ces jugements négatifs ne freinent pas les ventes. En 1997, Bernard C. explique qu’il avait acquis « un mobile home [car c’était] une solution moins coûteuse et plus confortable que [sa] simple caravane »[25]. De fait, les campeurs apprécient le confort, les surfaces importantes et l’esthétique extérieure de plus en proche d’un petit pavillon. Depuis 1995, les concepteurs de mobile homes améliorent l’isolation et utilisent des matériaux plus performants. Le prix d’achat du neuf varient entre 15.000 et 65.000 euros.

Le principal inconvénient du mobile home est qu’il est non-mobile par essence car il ne peut être tracté par une voiture du fait de son poids et de son manque de souplesse. En 1974, S. Benard explique déjà que les mobile homes « sont des caravanes mutantes ayant perdu les moyens de se déplacer autrement que sur la plate-forme d’un camion ou d’un wagon. [Il ne s’agit pas de caravanes d’habitation, mais] le public continue de les considérer, à tort, comme des caravanes, alors qu’elles en sont la négation, la vocation première de la caravane étant justement la mobilité. »[26]. L’auteur fait référence au fait qu’il est nécessaire de transporter les mobile homes sur des poids lourds. Cet habitat de grandes dimensions participe à la diminution de la mobilité des campeurs et ceux qui choisissent un habitat de ce type sont progressivement amenés à le laisser à demeure.

En France, il existe plus de 11500 terrains de camping, c’est dire si l’offre est extrêmement importante : du champ à peine aplani au terrain multiservices avec plusieurs piscines, jeux divers pour les enfants, multiples restaurants, bar, discothèque, boulangerie, tabac, presse, cours d’équitation, de tir à l’arc … et aussi de nombreux services de sécurité tels que caméra, gardiens avec leur chien, contrôle à l’entrée, etc. Les nouvelles formes identitaires construites à l’intérieur des terrains de camping ne sont plus basées sur la mobilité mais bien plus sur une appropriation permanente du sol, même si les campeurs ne sont pas présents à l’année sur leur parcelle.

Les habitats légers de loisir permanents ont progressivement remplacé des autres modes d'hébergement réellement mobiles (tente, caravane ou camping-car) et ont fait évoluer les modes d'occupation de l'espace. Auparavant, seul le garage mort des caravanes hors de la période d’utilisation estivale posait problème. Les gérants proposaient alors de les mettre en hivernage dans un endroit approprié. Avec les résidences mobiles, plus question d’utiliser cette technique car le déplacement sur poids lourd empêche les manipulations annuelles. Les résidences mobiles et les habitats légers de loisirs restent stationnés sur des parcelles spécialement aménagées pour cela. Les branchements aux réseaux, les plantations de haies sont plus nombreuses que sur les parcelles « de passage » et représentent un investissement certain. Pour les rentabiliser, les gérants louent ces parcelles à l'année ou les vendent ainsi équipées pour les résidences secondaires des campeurs. Ces derniers y voient plusieurs avantages puisqu'ils peuvent ainsi être assurés de pouvoir venir année après année dans leur lieu de prédilection pour les vacances, de se trouver dans la même configuration et auprès des mêmes voisins.

Les études réalisées sur le terrain montrent que le voyage n’existe plus qu’entre la résidence principale et la résidence secondaire. Cette perte des caractéristiques du camping liée au fait que les personnes ne se déplacent plus avec leur habitat a-t-elle des conséquences sur l’identité des campeurs ? Se voient-ils de manière différente ?

Un nouveau mode de résidentialité s’est constitué autour de l’acquisition d'une résidence mobile en vue d'une utilisation ponctuelle ou semi-permanente durant l'année et de son stationnement « définitif » sur des parcelles louées à l’année. Ce mode de location est prioritairement utilisé par les propriétaires de caravanes ou de résidence mobile, même si rien n’empêche un campeur d’implanter une tente sur sa parcelle.  Les habitats de plein air sont devenus de véritables résidences secondaires qui offrent la possibilité aux campeurs de « changer de vie, travailler de manière différente ou paresser, rêver ou connaître une autre qualité d’ennui ; celle enfin que l’on aime assez pour avoir sur elle des droits durables de propriété

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by France Poulain - dans Camping
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