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Mes publications

Ouvrages

POULAIN, F. (sous la dir), Les églises de l'Eure à l'épreuve du temps, Editions des Etoiles du Patrimoine, 2015, 240p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010, 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F.Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F,Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements), Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.),Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise,Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Bulletin des Amis des Monuments et Sites de l'Eure (2012-2014),Rapport sur le mal logement – Fondation Abbé Pierre(2008-2014),Études Foncières(2000-2009),Le Moniteur (2005),Espaces, Tourisme et Loisirs(2005- ),Les Cahiers de la RechercheArchitecturale et Urbaine (2004),Territoires(2004),Le Caravanier, camping-caravaning(2004),Cahiers Espaces (2001-2003),Labyrinthe (2001),Urbanisme(2000) + nombreux articles dans des revues grand public (Libération,Le Monde,Le Point,Le Moniteur,Ouest-France...)

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007) « Camper au XXIesiècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » (2007)Identités en errance.Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.),Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004),« Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale(2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 20:17
Voici l'article paru ce jour dans Libé qui fait bien le point sur ce qui se passe aujourd'hui. Bonne lecture. 

Vivre à l’année en camping ou sur un lopin de terre peut être le dernier recours face à l’explosion des loyers. Ce phénomène en pleine expansion touche désormais des salariés et des retraités­. Reportage en Languedoc-Roussillon.


Photos Gilles favier.vu Pierre DauM

QUOTIDIEN : jeudi 25 octobre 2007

 

Comme ils vivent cachés, on ne les voit pas. C’est comme s’ils n’existaient pas. Pourtant, ils sont plus de 100 000, un peu partout en France, à loger dans une caravane ou un cabanon. Il serait plus simple que ces hommes et ces femmes soient SDF, alcooliques, tsiganes, sans-papiers, RMIstes à vie, etc. Mais non, ces gens-là se lèvent le matin pour aller au boulot, ou sont à la retraite après avoir cotisé toute leur vie.

Caroline (1) habite un vieux mobile home le long de la RN 113, à la sortie de Béziers. Un simple bosquet la sépare de la route, et le bruit infernal des voitures traverse en permanence les frêles parois de l’habitacle. Autour, quatre autres caravanes et mobile homes sont habités, entourés d’épaves de voitures, de tôles rouillées, de flaques de boue et de déchets divers. «Le bruit ? On s’y habitue, vous savez», et puis «ici, tout le monde s’entraide, c’est vraiment formidable !», clame cette jolie quadragénaire rousse, avec un entrain un peu forcé. Sa tenue très soignée jure avec la misère environnante. Caroline est standardiste dans une entreprise de Béziers. Elle vit avec sa fille de 18 ans, et son fils de 10 ans. Très méfiante au premier abord, elle finit par lâcher quelques bribes de sa vie, mais refuse catégoriquement que son vrai prénom apparaisse dans le journal. «Avant, j’habitais une maison, à Lyon. Puis j’ai vécu en appartement pendant six ans. Ici, vous payez une misère, c’est le paradis ! Et ça n’empêche pas mes enfants de grandir et d’être bien élevés. Par contre, il faut se foutre royalement de ce que pensent les autres. Quand je suis allée inscrire mon fils à la cantine, la secrétaire de la mairie a été charmante. Mais dès que je lui ai donné mon adresse, son visage s’est refermé, et elle m’a dit qu’il n’y avait plus de place. C’est clair, elle m’a prise pour une Manouche.»

 

«Mes enfants ne savent pas que je vis ici»

Chez les voisins de Caroline, personne n’a voulu ouvrir sa porte. Que l’on soit journaliste, bénévole dans une association caritative, assistante sociale ou chercheur en sociologie, il est très difficile d’entrer en contact avec ces «campeurs» malgré eux. Leur habitation de fortune se cache souvent loin des axes de circulation, dans des campings discrets, en bordure d’un champ, voire au fond d’une forêt. «Et puis certains ont un peu honte», ajoute France Poulain, une des rares chercheuses en France à travailler sur le sujet. «Ou bien ils savent que ce n’est pas vraiment légal, alors ils ne veulent pas d’ennuis.» Auteure d’une thèse sur «l’Urbanisation illégale liée au camping-caravaning sur parcelles privées du littoral français», elle estime «entre 70 000 et 120 000 le nombre de personnes vivant à l’année sur un camping», et «de 20 000 à 30 000 celles qui vivent s ur des parcelles privées, même si cette estimation est beaucoup plus aléatoire».

C’est le cas de Paul. Ce retraité de 71 ans a posé ses trois caravanes au bout d’un petit chemin de terre qui serpente au milieu des jardins Saint-Jacques, vaste étendue de terrains maraîchers où poussent tomates, salades et carottes destinées à la ville. Dans ce dédale de champs traversés de minuscules routes et de chemins boueux, aucun panneau n’indique le lieu-dit du Mas-Cristol, où Paul vit «tranquille» depuis quatre ans, à quelques minutes seulement du centre de Perpignan. Lorsqu’on arrive, les aboiements féroces de Guido, son énorme chien, dissuadent les curieux d’approcher. Par chance, Paul apprécie Libération. «Enfin, je préférais le Libé d’avant…» Avant, Paul était ténor d’opéra. Dans des petits théâtres, certes, et aussi dans les restaurants, mais il connaît bien ses classiques, et sa voix vibre toujours avec passion. «Des endroits comme le mien, j’en connais plein dans la région, mais ils sont cachés. Il y a quelques années, j’ai essayé d’acheter un bout de terrain. Vous n’imaginez pas le prix qu’on m’en demandait ! Il faut que cesse cette folie des loyers, sinon tout le monde va se retrouver comme moi.» Paul est père de cinq enfants, dispersés aux quatre coins de France. Il vit avec 620 euros de retraite. Pendant un temps, il a eu des voisins, Alexandre, qui travaille chez Bouygues, Josée et leur enfant. «Maintenant, je suis seul. Mes enfants ne savent pas que je vis ici, ça me gênerait qu’ils me voient ainsi.» Pour l’eau, il va remplir des bidons à une fontaine avec sa vieille Peugeot 505. «Tant qu’elle marche…» Pour l’électricité, il allume un moteur à essence deux heures par jour, «pour économiser».

En Languedoc-Roussillon, où débarquent chaque année des milliers de nordistes, attirés par le soleil et les nombreux campings bon marché, des situations de ce genre existent à foison. Il y a Magali, 50 ans, agricultrice, pétillante de vitalité derrière ses lunettes rouges, logée avec son fils de 17 ans dans un mobile home à Rebaut-le-Bas, sur d’anciens terrains agricoles de Béziers, avec au moins une vingtaine de familles dans son cas autour d’elle. Ou André, un ancien légionnaire, devenu électromécanicien. En attendant que ses droits à la retraite soient reconnus, il vit depuis six ans dans une cabane au bord du Lez, près de Montpellier. Il y a aussi Pascal, ouvrier cariste de 46 ans, installé avec sa femme aide-soignante au camping les Cerisiers, à Céret (Pyrénées-Orientales), avec une

dizaine d’autres familles.

Caroline, Paul, Magali et les autres sont complètement inconnus des services sociaux. «Nous avons déjà tellement à faire avec les personnes qui viennent nous voir», soupire Colette Vergez, responsable de l’Agence départementale de la solidarité de Béziers-Est. «Et en plus, si les personnes ne nous sollicitent pas, nous n’avons pas le droit de venir taper à leur porte.»

Le phénomène, nouveau, est en pleine expansion. La Fondation Abbé-Pierre l’a repéré pour la première fois, dans son rapport 2004 sur l’état du mal-logement en France. «Alternatives à un logement trop rare et trop cher», ces solutions d’habitat précaire découlent de la cherté des loyers, auxquels s’ajoutent les cautions et les garanties exigées.

Comme le souligne Cathy Bourguignon, directrice de la fédération départementale pour le logement social à Céret, «dans les Pyrénées-Orientales , les prix de location ont augmenté de 50 à 80 % en cinq ans dans le secteur privé.» Quant au logement social, il reste complètement insuffisant. Sur l’ensemble du Languedoc-Roussillon, on recense 55 000 dossiers de demande de HLM en souffrance, pour seulement 3 870 constructions prévues en 2007. «Notre taux de logement social est la moitié de la moyenne nationale», dénonce Anne-Gaëlle Baudouin, secrétaire générale de la préfecture de Perpignan, qui admet «avoir bien du mal à endiguer» l’expansion de ces formes d’habitat sauvage.

 

«Risques sanitaires et d’inondations»

En 2004, une action a été menée pour évacuer le camping Agua Dulce, à Saint-Nazaire, sur le littoral roussillonnais. «Lorsque nous sommes arrivés, nous avons dénombré cinquante et un ménages vivant sur place», se souvient Cathy Bourguignon, chargée d’aider les familles à se reloger dans du dur. «Parmi eux, il y avait un plombier, un artisan peintre, deux fonctionnaires de police, un agent administratif, une caissière de supermarché, un auxiliaire de vie…» En 2006, c’est le camping de l’Estelle, près de Montpellier, qui a fait l’objet d’une évacuation. Saleha Alili, travailleuse sociale à la Maison du logement de Montpellier, s’est rendue sur place pendant plusieurs mois. «À côté de personnes vivant des minima sociaux, il y avait deux routiers, un maçon, un serveur dans un restaurant, une cuisinière de collectivité, un informaticien…»

Jacques Cotta, auteur en 2006 du livre 7 millions de travailleurs pauvres : la face cachée des temps modernes, le confirme (2). «L’image des personnes vivant en logement précaire comme étant forcément sans travail est devenue complètement obsolète. Avec l’accroissement très sensible des contrats de travail précaires, et l’augmentation des prix de l’immobilier, ce sont des pans entiers de salariés qui se retrouvent éjectés des logements normaux.» Avec l’apparition d’un type nouveau de marchands de sommeil. A Vias, petite commune littorale près de Béziers, 3 000 anciennes parcelles agricoles sont utilisées depuis trente ans par des vacanciers qui y passent l’été dans une caravane ou un bungalow. L’endroit est superbe, la mer est à deux pas, on s’invite entre voisins à jouer aux boules et à partager des grillades. Or, «depuis sept ou huit ans, avec la crise du logement, une centaine de mobile homes sont habités à l’année, malgré les risques sanitaires et d’inondation importants», s’inquiète le maire Michel Saint-Blancat, qui a saisi la justice pour tenter de les déloger. D’autant que des profiteurs ont racheté plusieurs parcelles, y ont collé des mobile homes à touche-touche, qu’ils louent à des familles à la rue, pour environ 300 euros par mois. «C’est sûr qu’entre habiter là, dans ce site magnifique, ou dans un HLM à la Devèze [le quartier ghetto immigré de Béziers], le choix est vite vu», fait remarquer le maire. Lorsqu’on tente de parler à ces familles, les portes se ferment et les chiens sont lâchés. «Je n’ai rien à vous dire, voyez avec le propriétaire !», lance une occupante, entourées de ses deux enfants, présents ce matin-là au lieu d’être à l’école.

Que faire pour lutter contre ce camping forcé ? Il faudrait certes augmenter les bas salaires, réduire la précarité de l’emploi, baisser les prix des loyers. «Mais ne nous faisons aucune illusion, la tendance va exactement dans le sens inverse, dénonce Eric Fine, directeur de la Maison du logement à Montpellier. Une chose est sûre : le nombre de personnes ne trouvant plus de logement adapté à leurs revenus et aux besoins de leur famille est en pleine explosion

(1) A sa demande, le prénom a été modifié. Aucune des personnes rencontrées n’a accepté d’être photographiée.

(2) 7 millions de travailleurs pauvres : la face cachée des temps modernes, Fayard, 306 pp., 19 euros.

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 13:47

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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 11:34

MatinPLUS n°11 – mardi 20 février 2007 – Comprendre / Paris / Ile de France

Par Anne ROHOU. Le Monde pour MatinPLUS. Précarité. Faute de trouver de vrais logements, un nombre croissant d’habitants d’Ile de France s’installent à demeure, et en toute illégalité, dans des caravanes, autour de Paris. Les autorités ferment les yeux.  

 

Camping forcé pour 15000 franciliens  

Quelques 150000 Français vivraient à l’année au camping, après une perte de logement ou d’emploi, un divorce, un deuil, estime France Poulain, urbaniste au CNRS, auteur du Guide du camping-caravaning sur parcelles privées. « On voit de plus en plus de retraités ou de couples avec enfants, qui travaillent parfois en CDI, qui resteront là en moyenne quatre ans avant de trouver un logement traditionnel, note-t-elle. Les gérants de camping les acceptent plus facilement que les SDF, qui n’ont pas de bulletins de salaire. » Elle estime que 5 à 10% des parcelles sont ainsi occupées à l’année. 

En, Ile-de-France, 15000 personnes auraient adopté cet habitat, qui n’est répertorié ni par l’Insee, ni par le ministère du Tourisme. Les gérants des terrains se font discrets : louer un emplacement à l’année est illégal depuis un loi de 1972. Mais tout le monde ferme les yeux. A moins de gros problèmes d’insalubrité ou de sécurité, aucune expulsion n’a jusque là été ordonnée. « Changeons la loi ! », lance Joe Sacco, installé depuis deux ans dans un bus à impériale, au camping municipal de La Ferté-Alais (Essonne). Il y compte une quarantaine de voisins, seuls ou en couple, dans des caravanes ou des mobil-homes, louent environ 300 euros leur emplacement. Les campings voisins, à Itteville, Beaune, Ollainville, Courdimanche… hébergent plusieurs dizaines de personnes. A Cergy ‘Val d’Oise), 348 parcelles sont occupées à l’année sur un terrain dont le gérant est aujourd’hui parti. « J’ai voulu ouvrir un compte à La Poste. Quand je leur ai donné mon adresse au camping, ils m’ont dit : ‘’C’est même pas la peine qu’on vous donne un dossier’’… », raconte Joe Sacco, qui a fondé l’association Halem (Habitants de logements éphémères ou mobiles). Il abreuve les élus de courriers pour qu’ils autorisent les gérants de campings à louer 30% de leur surface à l’année, afin de permettre aux habitants d’y établir une adresse officielle ouvrant droit aux aides au logement. En vain jusqu’ici. 

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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 17:37

Ce texte est issu d'une conférence présentée lors de la journée nationale de lutte contre l'habitat indigne, Le Mans, Nov. 2006

Lutter contre l'habitat précaire, c'est également lutter contre les idées reçues qui s'y attachent. Et elles sont nombreuses lorsqu'il en est question dans les terrains de camping. En effet, en quoi le camping peut-il être précaire ? Quel peut être le lien entre le tourisme, activité coûteuse et superflue, et la précarité ? Il est possible de répondre à toutes ces interrogations en analysant la manière dont la société les appréhende, y répond ou justement parfois les ignore.

Commençons tout d'abord avec ce qui guide notre action quotidienne : « Il faut [et/ou] on peut faire quelque chose ». Oui, et en premier lieu, il s'agit de dépasser l'assertion que « cela n'existe pas » puisqu'il s'agit de camping, premier mode d'hébergement en France pour les loisirs, qui n'inclut pas le séjour à l'année pour des personnes dont ce serait l'habitat principal. En second lieu, il est nécessaire d'en parler. L'invisibilité de ces dizaines de milliers de familles- créée, tolérée et pérennisée par la société toute entière – conduit à ce que ces faux campeurs n'apparaissent en terme statistiques et que les chiffres concernant le mal-logement soient minorés. Dès lors, ces personnes ont bien des difficultés à rejoindre le parc classique. Et ce ne sont pas les opérations de répression qui pourront les y aider réellement. Car si « c'est illégal [donc] il y a un coupable » est véridique si l'on considère que c'est la société toute entière qui en porte la responsabilité. Penser que ces personnes qui vivent dans des conditions précaires, en ne respectant certes pas les règles comprises dans le code de l'urbanisme, sont les seules responsables conduit à déresponsabiliser chacun d'entre nous de la part de tolérance qu'il génère par son comportement.

Car penser qu' « ils ont fait le choix du camping » fait partie des a priori consensuels portant sur la manière dont ces personnes sont arrivées dans un terrain de camping. Ils démontrent parfaitement que le phénomène est mal connu car des généralisations émergent alors que les catégories de résidants sont multiples. Ils existent des baroudeurs, proches des travellers britanniques, qui ne souhaitent pas habiter dans d'autres conditions, des retraités pour qui se pose la question de déterminer s'ils rentrent dans la catégorie des précaires et ce même s'ils habitent à l'année dans un camping, des jeunes étudiants, des familles avec enfants,... mais la généralité exposant que « ce sont tous des gens du voyage » est fausse. Dire alors que « c'est la conséquence de la crise du logement » ou que « C'est récent » correspond à une facilité puisque certains sont présents depuis plus de 25 ans, soit depuis l'entrée en crise de notre société contemporaine au début des années 1980. Alors si, certains ne restent que quelques mois pour avoir un boulot d'été en bord de mer, que d'autres demeurent seulement trois ou quatre mois le temps de trouver un logement dans le parc public mais plus souvent privé, ils sont de plus en plus à demeurer le temps d'un cycle résidentiel de location, soit environ 4 ans. Pour certains, « c'est une descente résidentielle » et pour d'autres c'est une remontée, comme pour tous ces anciens SDF venus de la rue qui trouvent dans la tente ou la caravane une extension de leur enveloppe corporelle qui leur a servi de toit pendant de nombreuses années. Pour ces derniers, l'habitat en camping est déjà une victoire, même si leur place, à terme, ne peut être dans un lieu dédié aux loisirs.

Si les catégories sont multiples, quelle résonance donner alors aux chiffres concernant la totalité? Certaines affirmations portent sur le nombre de personnes qui habitent à l'année dans les terrains de camping. Mais, comme cette pratique n'est pas autorisée, il n'existe pas non plus de case la recensant dans les statistiques officielles. Les estimations portent aujourd'hui sur un chiffre oscillant entre 70.000 et 120.000 personnes. Alors dire que « c'est un phénomène marginal dans l'habitat indigne » est exact mais il ne faut pas les oublier quand même. Quand à dire qu' « ils sont de plus en plus nombreux » serait en grande partie inexact. Les gérants n'ouvrent pas plus d'emplacements, car leur activité commerciale est liée au tourisme et ils ne peuvent changer l'image de leur camping sans prendre le risque de perdre leur clientèle de référence. Néanmoins, on assiste à un phénomène de « taquet » qui pousse les plus pauvres hors des terrains, remplacés par des familles disposant de plus de ressources. Et on les retrouvent alors sur parcelles privées dans une précarité et une invisibilité bien plus grandes encore.

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 17:37

La vie non rêvée dans les campings. un article écrit par D.Picard de la fondation Abbé Pierre. un article de fond sur un sujet dont on parle peu. (texte intégral).


C’est la rentrée. Pourtant une partie de la population va camper toute l’année faute de logement. Un dossier de la Fondation Abbé Pierre.
Jean s’est installé il y a 2 ans à “La Sablière”, le camping municipal de La Ferté-Alais. Vivre en caravane lui revient à 320 euros/mois, sans compter le chauffage. « J’étais vraiment forcé de venir ici. J’étais endetté et je venais de divorcer. J’ai dû quitter mon logement. A l’époque, j’étais cariste en intérim et si je pouvais gagner jusqu’à 1200 euros mensuels, il y avait aussi des mois où je vivais avec 600 euros d’Assedic. Comment voulez-vous vous loger ? Ici, je vis dans 18m2, mais j’ai un toit en hiver et je peux manger à ma faim. » Au fil des mois, Jean a isolé sa caravane et construit un cabanon sur sa parcelle pour mettre un congélateur et ranger ses outils. Il s’est résigné à ce mode de vie dont il connaît les limites. « Il ne faut surtout pas dire que l’on vit sur un camping quand on est en intérim. On n’est pas pris au sérieux. On nous prend pour des “Romanos”. Je sais qu’il y a des personnes ici qui ont eu du mal à faire refaire leur carte d’identité à cause de leur adresse. » Au mois de mai dernier, Jean a été embauché en CDI au supermarché de la commune voisine. « Je ne fais que 30 heures par mois et vu le coût de la vie, il va falloir que je vende ma voiture. Je ne sais pas combien de temps je vais rester ici. »

Célibataire, sans enfant, difficile d’obtenir un HLM. A “La Sablière”, ils sont une trentaine installés à l’année. C’est ici que s’est constituée en 2004 l’Association des Habitants de Logements Ephémères ou Mobiles (Halém). « Nous voulons que la caravane soit reconnue comme un domicile à part entière. Sinon, nous finirons tous dans des bidonvilles. On doit accepter cette forme d’habitat qui évite à certains d’entre nous d’être à la rue » note amèrement Patrice Cerné, secrétaire de l’association. En quelques années, les résidants à l’année sont devenus indésirables sur les campings privés et publics. « La logique du camping est d’abord commerciale et les places à l’année ne sont pas rentables, d’ailleurs de moins en moins de campings ouvrent 12 mois par an. C’est très lourd et beaucoup de gérants ont peur pour leur image. Quand ils acceptent des résidants en situation précaire, ils les regroupent sur une partie du camping » note France Poulain, chercheure associée au CNRS.

Le camping n’a pas une vocation sociale.A La Ferté-Alais, la mairie a repris la gestion du camping deux étoiles il y a 3 ans, avec la ferme intention de développer le tourisme vert sur la commune. « Pour cela, elle a d’abord expulsé une dizaine de personnes qui étaient en difficulté de paiement. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de réagir et créé l’association. Puis le règlement intérieur du camping a été changé et durci. Depuis 2004, on demande à tous les arrivants une caution de 500 euros, des fiches de paye et une adresse extérieure pour bien souligner le fait que vivre à l’année sur le camping est interdit » souligne Patrice Cerné. Il n’y a pas si longtemps, de telles mesures étaient inimaginables.

La solidarité s’organise. Rentabiliser les campings en ouvrant uniquement les portes des terrains aux touristes d’avril à octobre, telle est la tendance. Tous les campings obéissent à la même logique économique et répondent de moins en moins aux sollicitations des services sociaux qui y orientaient fréquemment des personnes en difficulté. Les quelques adresses qui dérogent à la règle sont débordées. « Je suis effaré. Au mois de mai, j’avais déjà refusé cinquante personnes que le conseil général de l’Essonne et les communes voisines voulaient me confier pour l’hiver prochain. Et ce ne sont pas des chômeurs, ce sont des gens qui travaillent et qui arrivent ici avec des dettes, des impayés de loyer » affirme Jean-Louis Camus, gérant du camping d’Itteville, commune mitoyenne de la Ferté-Alais. "Je suis gérant depuis 1993 et je veux arrêter. Le problème c’est que la mairie veut reprendre l’activité, mais pas les cas sociaux. » Sur son camping une étoile, Jean-Louis réserve 32 parcelles aux personnes en situation précaire. « Les 180 autres sont pour les touristes. » Le plan d’eau du camping attire assez de monde en été et avec l’activité d’hivernage des caravanes, Jean-Louis n’a pas de problème de trésorerie. "Les gens en difficulté me payent quand ils peuvent. Je leur dis qu’ils sont chez eux, mais je veux qu’ils entretiennent. » Jean-Louis fait chaque jour le tour de ses clients "pas comme les autres". En échange, l’un retape une caravane, l’autre embellit sa parcelle. Hors saison, une petite communauté solidaire se crée et s’enracine. « Pour se loger à Itteville, c’est impossible. Il n’y a pas de logements sociaux et dans le privé, il faut compter au moins 450 euros/mois, sans les charges. J’ai une employée municipale sur le terrain. Elle et son mari attendent un logement depuis 4 ans. » Michel est divorcé, il est arrivé sur le camping le 1er janvier dernier. Licencié, il a vécu avec sa mère dans une cabane en bois, sans eau ni électricité. « Avec mon chômage, j’arrive à payer la caravane et la pension alimentaire de ma fille. A 51 ans, je ne sais pas si je retrouverai du travail ni combien de temps je vais rester là. »

La vie en sursis. Un petit coin salon, deux chambres exiguës, l’une avec un lit superposé et l’autre avec un matelas au sol, un cabinet-toilettes. Le tout dans 24 m2 que Soraya et son mari partagent avec leurs 2 enfants sur le camping du Val d’Aran, à quelques km de Sanary-sur-Mer. En quatre ans, c’est le 5e mobilehome de la famille. A chaque fois, l’espace habitable a été réduit. « Nous payons 350 euros par mois, eau et chauffage compris. On touche le RMI, c’est juste et il faut tenir le mois avec 100 euros. C’est surtout l’essence qui fait mal. On compte 10 euros/jour pour emmener les enfants à l’école. » Les enfants de 6 ans et 9 ans sont scolarisés sur la commune depuis l’arrivée de la famille sur le camping. Il y a 3 ans, les parents ont fait 6 demandes de logement social sur tout le secteur. « Dès qu’on dit qu’on est sur le camping, les portes se ferment. Comme on a un hébergement, on n’est pas prioritaire. » Pourtant, loger sur un camping à l’année est illégal. « Cette forme d’habitat est un habitat de loisir, avec des surfaces habitables inférieures à la loi qui sont compensées par les infrastructures collectives extérieures (sanitaires...). Le problème c’est que de plus en plus de personnes restent à l’année dans les campings, faute d’autre solution. Jusqu’ici les résidants restaient en moyenne quatre ans sur un camping, mais avec la crise du logement, il faut s’attendre à ce que cette durée s’allonge » note France Poulain, « Il y a un phénomène nouveau : de plus en plus de familles modestes s’installent sur les campings dans l’attente de trouver un logement accessible. Les gérants de camping privilégient les familles qui ont un salaire et du coup, les plus précaires sont obligés de partir. “Ces "nouveaux exclus” des campings finissent sur des terrains plus éloignés des villes et moins confortables. Parfois même dans des bidonvilles... Retour au Val d’Aran, sur ce camping de 6 hectares qui battait son plein dans les années 80 et affichait 3 étoiles. A l’époque, le gérant, Louis Dossetto, proposait 460 emplacements à ses clients. Propriétaires et locataires se partageaient bungalows et caravanes ; quelque 70 parcelles étaient louées à l’année. « Nous avions des employés, des retraités mais aussi quelques familles en difficulté que les services sociaux nous envoyaient » confirme le gérant. Aujourd’hui, le camping est déclassé et la mairie de Sanary-sur-Mer a obtenu sa fermeture définitive en octobre dernier. Depuis 9 mois, une quarantaine de familles, dont celle de Soraya, vivent illégalement sur place en attendant d’être relogées. Ou expulsées.

Facile d’y entrer. Pas d’en sortir. Un emplacement sans attendre, pas de caution à déposer ou de garant à présenter. De plus en plus de personnes en difficulté de logement trouvent refuge sur les campings "en attendant mieux". Envers du décor, les sanitaires collectifs sont glacés en hiver, la douche est minutée et payante. Quant au chauffage au pétrole, il est contraignant et cher. Jeunes en contrats précaires, adultes en rupture familiale ou au chômage, ils n’ont pas eu d’autre choix.Ma fille a honte. Alexia a fui la cité strasbourgeoise où elle habitait pour venir au Val d’Aran sur le camping il y a 13 ans. Aujourd’hui, seule avec 2 enfants, elle vit dans un bungalow qu’elle a prolongé d’un auvent pour gagner quelques mètres carrés. « Ma fille de 16 ans en a vraiment marre de cette vie, elle n’invite jamais d’amis chez nous, elle a honte. On nous prend pour des gitans. Je paye ici 380 euros/mois, il me reste tout juste de quoi nous nourrir. Si je trouvais un logement social, je toucherais l’APL (Aide Personnalisée au Logement) et on vivrait bien mieux. J’ai fait 6 demandes dans les communes environnantes. Il n’y a rien pour nous. Je vis dans l’angoisse car je ne sais pas ce qu’on va devenir. » Comme Soraya, Alexia est suivie par une assistante sociale du Collectif Habitat Varois (CHV), l’association toulonnaise qui travaille depuis 2004 avec les familles les plus en difficulté du camping. Grâce à l’implication de la Fondation via son Agence régionale PACA, une Maitrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) a été mise en place en 2005 avec le CHV pour aider au relogement de tous les résidants, avec l’aide de l’Etat et des collectivités locales. Aujourd’hui, seule une dizaine d’entre eux sont relogés. Pour éviter l’expulsion, certaines familles ont tenté de quitter le camping. Elles sont revenues, les loyers du parc privé dans cette région touristique étant inabordables.Déconnectées du réel.« Au bout de plusieurs années ici, la réalité leur échappe, la vie en milieu urbain les angoisse. Sur le camping, elles vivent en communauté... Nous essayons de trouver des solutions au cas par cas. Mais plus la famille est en difficulté, plus c’est dur » note Florence Rousseau, directrice du CHV.

« Je ne peux pas être assistante sociale »Fabienne et son compagnon sont propriétaires d’un camping une étoile de 8 000 m2 à quelques km de La Roche-sur-Yon. Sur le terrain, 11 chalets en location et 25 emplacements pour des caravanes. Pour elle, accueillir des résidants à l’année en situation précaire relève du défi. « Nous avons fait l’expérience pendant deux ans. C’est très lourd, car il faut être très présent et jouer le rôle d’une assistante sociale, or nous ne sommes pas formés pour ce travail, et pourtant j’ai été infirmière... C’est difficile de mener de front une activité économique et une activité sociale. Notre trésorerie tient le coup grâce aux mois d’été pendant lesquels nous pratiquons des tarifs plus élevés. »

S’improviser assistant social.En basse saison, un chalet avec une chambre se loue 380 euros/mois, le même se loue 270 euros la semaine en été. « C’est comme cela que nous arrivons à nous en sortir. Les tarifs en hiver nous permettent de couvrir les frais de fonctionnement. Rester ouvert toute l’année, c’est loin d’être évident... » Plus on s’approche de la côte Atlantique, plus les campings sont vastes et de qualité mais l’hiver, ils ferment leurs portes. Seuls 3 campings autour de La Roche-sur-Yon sont ouverts toute l’année. « Quand vous savez que pour une demande HLM sur La Roche, il y a au moins 2 ans d’attente, on comprend pourquoi certaines personnes qui travaillent et ont un revenu modeste restent plusieurs années chez nous... Beaucoup de résidants ont un salaire et travaillent en ville. Nous n’avons aucun problème de remplissage en hiver. »

Des cas sociaux très lourds.Etudiants, ouvriers, stagiaires, couples en attente de fin de travaux dans leur futur domicile... le camping affiche complet en toute saison. « J’ai eu des résidants qui étaient vraiment en difficulté sociale, et quand il faut gérer à la fois les impayés et les problèmes de nuisance, cela n’est plus possible. J’ai le cas d’une jeune femme, arrivée en urgence sur le camping il y a 3 ans avec ses enfants, envoyée par les services sociaux, qui continue de me régler sa location 3 ans plus tard alors qu’elle n’est plus ici... » France Poulain a entendu ce genre de témoignage plus d’une fois. « Même si le camping reste souple comme l’hôtel et que l’on ne demande ni bail ni caution, l’image de marque du terrain ne doit pas être mise en jeu. » Aujourd’hui, les résidants à l’année ne doivent pas représenter de risque pour le gérant ou le propriétaire. Ou alors, il doit être minime. La situation est tendue sur bon nombre de terrains et le problème des résidants à l’année ne pourra pas être éternellement éludé ou caché. En 2005, quelque 35 000 mobilehomes se sont vendus en France. « C’est l’un des plus gros marchés de vente dans notre pays. De plus en plus de familles investissent dans ce mode d’habitat. Bien souvent, lorsque le couple divorce, l’un des conjoints se retrouve sur un terrain de camping. Il y a de plus en plus de situations spécifiques sur les campings et elles sont très peu connues et recensées. Cela va pourtant devenir un vrai problème, car beaucoup de gérants vont arriver à l’âge de la retraite et les terrains seront rachetés. Les futurs propriétaires appliqueront une politique commerciale. » Que deviendront alors tous les résidants qui ne sont ni des touristes ni des vacanciers ?

Le camping : combien ça coûte ?Moyenne nationale pour un camping une ou deux étoiles. Pour louer un mobilehome :• de 200 à 700 euros/semaine en location l’été (location terrain + habitat)• de 500 à 700 euros/mois hors saison d’été (location terrain + habitat)• de 300 à 700 euros pour la parcelle seule au mois. Et de 1000 à 2500 euros si l’on paye à l’année.Les personnes en situation précaire qui payent mensuellement ont donc une facture plus importante et sont pénalisées.Pour les caravanes :• de 1 000 à 2 500 euros/an pour une parcelle seule. Très peu de personnes louent à l’année. La plupart de celles qui le font sont en situation précaire.• louer l’emplacement et l’habitat revient moins cher : de 750 à 1900 euros/an pour une parcelle et une caravane.Dans l’un et l’autre cas, l’électricité est à la charge du locataire ; l’eau et l’assainissement sont compris dans le loyer... mais il faut rajouter les frais de raccordement lors de l’implantation de l’habitat, qui peuvent atteindre plus de 4 000 euros !

Dossier extrait du journal de la Fondation Abbé Pierre "Et les autres" n°52 - juillet 2006, avec son aimable autorisation.

 

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 16:26

Article de Frédéric Potet pour le Monde. Un partenariat de haut niveau. 20.12.2005. (texte intégral)

C'était il y a trois semaines, Pascal emménageait dans ses nouveaux murs. "Murs" est un bien grand mot pour cette petite caravane perdue au fond du camping municipal de La Ferté-Alais (Essonne). Une cloison s'affaisse, l'autre laisse l'air froid s'engouffrer dans une fenêtre cassée. "J'ose pas ronfler la nuit car j'ai peur que tout me tombe sur la gueule !", s'esclaffe "Barbe-Rousse", le locataire des lieux. SDF depuis "trois ou quatre ans", Pascal squatte habituellement un abri de pêcheurs, juste derrière le magasin Champion. Fin novembre, après les premières victimes de l'hiver, les services municipaux lui ont demandé de s'installer au camping. A la faveur du plan "grand froid", Pascal a donc transporté une partie de son barda dans cette caravane délabrée qui n'est même pas reliée à l'électricité. L'ancien manœuvre s'éclaire à la bougie. "Ça va être pratique pour la Noël !" Et se chauffe avec un poêle à pétrole prêté par des voisins sympas qui l'approvisionnent aussi en carburant.

Les voisins ? Ce n'est pas ce qui manque, ici. Une quarantaine de personnes vivent à l'année sur ce terrain de camping, idéalement situé à dix minutes de marche d'une station de RER. Salariés aux revenus modestes, allocataires de minima sociaux, divorcés, retraités, ménages en attente de logement... La plupart de ces campeurs sédentarisés le sont devenus par défaut, au gré des circonstances de la vie, ou parce que leurs revenus ne leur permettent pas de faire autrement. Le coût d'un emplacement est ici de 300 euros en moyenne par mois.

Il y a un an, ils étaient dix de plus : des mauvais payeurs, contre lesquels la municipalité a engagé une procédure après avoir repris en main la direction du site. Certains ont été expulsés, d'autres relogés. "Le précédent gérant était assez accommodant. Les gens qui n'avaient pas les moyens de payer leur loyer faisaient en échange des petits travaux d'entretien, comme ramasser les feuilles ou élaguer les arbres", se souvient Joe Sacco, qui vit lui-même à l'intérieur d'un bus à impériale. Cet ex-journaliste d'entreprise, originaire de l'île de Malte, est aujourd'hui à la tête de l'association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem). Son but est de faire reconnaître la résidence mobile permanente comme toute autre résidence et de donner un statut à ses adeptes, qu'il s'agisse d'"économiquement faibles" ou de "transfuges du béton".

Combien sont-ils exactement en France à vivre en caravane ou mobile home ? Difficile de le savoir. Les gérants de camping se gardent bien de les comptabiliser, du fait qu'ils n'ont théoriquement pas le droit d'héberger qui que ce soit à l'année. Quant à ceux qui s'installent sur des parcelles privées, ils échappent le plus souvent aux statistiques. D'après l'urbaniste France Poulain, chercheuse au CNRS et auteur de L'Esprit du camping (Ed. Cheminements), entre "70 000 et 120 000" personnes habiteraient en caravane ou en mobile home. Pour elle, aucun doute : la recrudescence de la précarité et la crise de l'immobilier poussent chaque année davantage de travailleurs pauvres vers ce mode de vie, dernier recours avant la rue.

"On s'installe rarement dans une caravane de façon délibérée, explique-t-elle. Il faut qu'il y ait une rupture. Cette rupture est souvent professionnelle, comme une perte d'emploi, mais elle peut être aussi familiale : un divorce, un décès... Les gens se retrouvent alors sans rien, ils ont perdu leur logement et n'ont pas d'autre solution que d'aller au camping, en pensant que cela sera provisoire." Selon elle, "deux types de trajectoires résidentielles" se croisent dans les campings : "D'un côté, les trajectoires ascendantes des SDF qui parviennent à s'acheter une toile de tente. De l'autre, les trajectoires descendantes de petits salariés qui arrivent là parce qu'ils n'ont pas le choix. C'est le cas, par exemple, de plus en plus de jeunes ménages avec enfants qui attendent d'obtenir un logement social. Ou d'hommes ou de femmes qui acceptent un emploi à plusieurs centaines de kilomètres de leur conjoint et n'ont pas les moyens de payer deux logements."

L'idée de séjourner à demeure en camping s'impose rarement comme une évidence. Elle s'installe plutôt progressivement, au fil des mois et des années qui passent. Les urbanistes appellent cela le phénomène de "cabanisation". Un jour, un auvent est tendu devant la caravane. Renforcé par des cartons ou des planches, il peut doubler voire tripler la superficie habitable. Un autre jour, c'est une terrasse en béton qui est coulée. Clôturée de rondins ou de thuyas, elle améliorera elle aussi l'ordinaire. Un sas d'entrée, un robinet extérieur, un abri de jardin sont, plus tard, installés... Jusqu'à la pose de double vitrage aux fenêtres, symbole d'une sédentarisation assumée. Un beau matin, ce qui ne devait être qu'une habitation alternative est devenu, sans crier gare, un domicile définitif. Un "chez soi" presque douillet.

Comme celui d'Alain et Annie, à Tourmignies (Nord), à une vingtaine de kilomètres au sud de Lille. Comme d'autres, eux aussi pensaient ne rester "que quelques mois" en caravane. Alain venait de divorcer. Comme il se retrouvait dépossédé de sa maison, la vie au camping s'est imposée. Annie l'a rejoint. Vingt ans plus tard, ils y sont encore. "Malgré toutes nos démarches, on n'a jamais réussi à trouver un logement, racontent-ils. A chaque fois qu'on faisait une demande, on était bien obligés de dire qu'on vivait au camping. Automatiquement, les portes se refermaient devant nous."

Ce couple de quinquagénaires fait partie des derniers résidants permanents du site, ou du moins ce qu'il en reste. Ce parc de 18 hectares a été racheté, il y a un an, par la Communauté de communes du pays de Pévèle (CCPP) pour 1,6 million d'euros. L'idée de son président, le maire (UMP) de Templeuve, Luc Monnet, est de le transformer en un "complexe touristique et de loisirs", avec ferme pédagogique, chevaux, plan de baignade, jeux d'enfants, guinguette, chalets de location, cabanes dans les arbres... Le maire de Tourmignies, Alain Duchesne (UDF), s'oppose au projet, dont la première phase consiste évidemment à vider le terrain de ses occupants.

La plupart ont déjà levé le camp, en tout cas ceux qui venaient passer là les vacances et les week-ends des gens modestes, souvent originaires du Nord-Pas-de-Calais. Des indemnités de 200 et 700 euros leur ont été proposées pour déplacer leurs caravanes et leurs mobile homes. Reste le plus délicat : obtenir le départ des quinze familles "résidantes", que tout le monde avait un peu oubliées...

Une cellule sociale a été mise en place. Elle s'est donné six mois, avant l'arrivée des bulldozers, pour reloger tout ce beau (et pauvre) monde. Alain, employé communal sur le village voisin d'Attiches, et Annie, dame de cantine à Tourmignies, ont accepté un appartement de 24 m2, mais seulement pour y entasser leurs meubles et leurs appareils électroménagers. Pas question d'y dormir : "Si on y met un lit, on ne peut pas y mettre de table. C'est trop petit." Leur caravane n'est pourtant pas plus grande, mais grâce à un auvent sous lequel a été installé un petit salon avec télévision, table en formica et cage à oiseaux, la superficie totale est de "47 à 48 m2". Ils y ont vécu heureux avec leur fils Cédric, aujourd'hui boulanger. Depuis le rachat du terrain, "ce n'est plus pareil", se désolent-ils. Des amoncellements de détritus s'entassent ici et là, les blocs sanitaires sont sales ou fermés, le système de drainage n'est plus opérationnel, ce qui provoque des inondations sous les auvents. Et des "rats gros comme des chats", selon Alain, errent dans les allées désertées. Même les nains de jardin affichent des mines défraîchies. Plusieurs vols ont également été constatés ces derniers mois, au grand dam du couple de gérants, qui a prévu de partir le 31 décembre. La CCPP a beau avoir engagé un gardien et promis de nettoyer le terrain, les derniers occupants ont l'impression d'être livrés à leur propre sort.

Après vingt ans de caravane, Alain et Annie rêvent aujourd'hui d'"une petite maison" à eux. Ils aimeraient aussi régulariser leur situation. Le 9 décembre, Alain est allé à la gendarmerie pour faire tamponner son "carnet de circulation", comme il le fait tous les trois mois. A l'instar des gens du voyage et des SDF de longue date, l'homme ne possède pas d'autre papier d'identité. Son absence d'adresse fixe le prive également du droit de vote. "Et de carnets de chèques", précise-t-il. Autant de raisons qui le poussent à partir. A rentrer dans le rang.

Mais tous ne sont pas comme lui. La vie de bohème a aussi ses bons côtés. Et ses partisans. "Certains s'y complaisent. La frontière entre ce qui est de l'ordre du subi et du choisi n'est pas évidente, indique Joe Sacco, à La Ferté-Alais, dans le fatras de son bus londonien. La vie en caravane procure un sentiment unique de liberté. Il y a certes des inconvénients, comme la question du confort. Mais chacun s'y fait. Quand on aime son chien, on aime aussi ses puces." Pour France Poulain, "le mythe du camping" fonctionne à fond quel que soit le contexte. "Il y a toujours un petit air de vacances quand on campe, souligne-t-elle. Proposez à quelqu'un qui habite une caravane d'aller vivre dans un HLM : vous pouvez être sûr qu'il refusera. Et cela est d'autant plus vrai après les émeutes qui ont enflammé les banlieues."

Croisé sur sa moto dans le parc de Tourmignies, Xavier, 36 ans, ne dit pas le contraire. "Ici, on est au grand air et bien mieux que dans un studio où l'on ne peut pas dormir à cause du bruit. C'est un privilège d'être en pleine nature, prêche cet ancien magasinier, actuellement en reconversion. En camping, il se crée également un contact entre les gens qu'on ne trouve pas en ville, de la convivialité, de l'entraide... Je ne dis pas que c'est le paradis. En ce moment, je dois prendre ma douche dans les sanitaires à l'autre bout du terrain et je fais pipi dehors. Mais on n'est pas à plaindre. On a l'eau et l'électricité, alors que tant de gens dorment sous les ponts." L'amour de la verdure n'est évidemment pas la seule raison qui conduit jusqu'au camping. Après plusieurs années de vie en mobile home, Xavier le reconnaît : "C'est vraiment pas facile de se loger quand on touche un salaire de misère. Vivre au camping, c'est un choix obligé."

Obligé, mais interdit. La loi n'autorise pas à élire domicile sur des terrains dits de "loisirs" ou de "tourisme". Sauf que personne n'y trouve à redire. Préfectures et collectivités locales préfèrent fermer les yeux. Elles n'ont pas de solutions de relogement à proposer à ces résidants souvent défavorisés. Ironie du sort, certains sont même parfois "placés" en camping par les collectivités ou "par des Ddass", comme le note France Poulain : "Face à la pénurie de logements sociaux et aux problèmes d'insalubrité des hôtels meublés, le camping peut apparaître comme une solution acceptable dans des situations de logement d'urgence."

Le manque de concertation des autorités sur le sujet ne fait pas, en tout cas, que des malheureux. De nombreux propriétaires de camping sont ravis d'accueillir des "clients" en dehors de la période estivale. Certains n'hésitent pas à transformer leur offre pour la rendre plus "résidentielle" et moins "touristique". "On voit des gérants diviser leurs terrains en quatre, observe France Poulain. Le premier quart est destiné aux campeurs à l'année possédant leur propre caravane, le deuxième quart accueille des mobile homes mis en location et le troisième quart des chalets également en location. Seul le dernier quart est réservé aux parcelles libres, pour les touristes."

Retour à Tourmignies, tout au fond du camping où vivent Daniel, 57 ans, un ancien conducteur de camions, et son épouse, Marie-Paule. Un premier licenciement économique, il y a dix ans, l'a conduit ici : "On a été obligés de vendre la maison." Un deuxième licenciement, en 2002, l'y a enraciné. Surnommé "Pétrole" parce que sa caravane est toujours bien chauffée, l'homme est aujourd'hui en préretraite et touche une pension d'invalidité en raison de deux opérations au dos. La perspective d'être relogé en appartement ne l'enchante guère. Ces derniers temps, Daniel pensait installer sa caravane dans les Hautes-Alpes, où vit son fils, plombier chauffagiste, mais celui-ci, "trop pris par son travail", n'a pas pu venir les chercher. L'errance devrait se poursuivre non loin de Tourmignies, dans un camping d'une commune des environs où il a trouvé une place. Seul problème : le terrain n'est pas ouvert l'hiver. Alors ? "Alors on verra bien."

 


 

 

Le casse-tête du statut "camping"

Vivre au camping parce qu'on est pauvre, ou pour toute autre raison, ne procure aucun droit. Tout au contraire. Les caisses d'allocations familiales (CAF) refusent, par exemple, d'accorder des aides au logement aux usagers du caravaning à l'année. Pure question administrative : pour bénéficier de ce type d'allocation, il faut non seulement être locataire de son logement mais aussi que celui-ci soit immobile — et même "immobilisé". Ce qui n'est évidemment pas le cas de la grande majorité des caravanes et des mobile homes.

 Comme le déplore Joe Sacco, président de l'association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem), "payer 200 à 300 euros de loyer dans un camping revient donc plus cher que de payer la même somme pour une habitation en dur, étant donné qu'on n'a pas droit aux allocations logement".

 Oter les roues et la barre de traction de sa résidence mobile est une solution assez tentante. Dans certains cas, les CAF octroient des aides à des familles dont les caravanes ou les mobile homes sont devenus "fixes". Mais un autre problème se pose : si une caravane ou un mobile home perd ses moyens de mobilité, ils deviennent automatiquement une "habitation légère de loisir" (HLL), de type chalet, ce qui les place dans une autre réglementation. Les HLL sont en effet soumises à des "quotas" — elles ne peuvent pas être plus de 35 par terrain de loisirs (ou 20 % des emplacements maximum). Une telle "transformation" ne peut pas se faire, en tout cas, à l'insu du propriétaire du site.

 Ce n'est pas le seul casse-tête. Parce que l'administration ne reconnaît pas toujours leur domiciliation, certains locataires, notamment les plus démunis, préfèrent donner une deuxième adresse — chez des parents ou des amis — pour être sûr de continuer à toucher le RMI, par exemple. Voire pour chercher du travail.

 Leur situation n'est en fait avantageuse que sur le plan fiscal puisque la clientèle des campings n'est pas soumise aux impôts locaux. Mais cette faveur est menacée par la future taxe d'habitation sur les résidences mobiles, actuellement débattue au Parlement. Destiné aux gens du voyage, ce nouvel impôt — initialement fixé à 75 euros par m2 dans un amendement du député Jérôme Chartier (UMP) — pourrait également concerner les résidants permanents des campings, à l'exception de ceux qui ne sont pas assujettis à l'impôt sur le revenu.

 Habiter dans une caravane ou dans un mobile home suppose, enfin, d'accepter un certain nombre de règles, variables d'un site à l'autre car soumises à l'arbitraire de gérants de camping qui font la pluie et le beau temps chez eux. Ils ont toute latitude pour mettre à la porte les mauvais payeurs, voire ceux qui n'entretiennent pas leur parcelle avec suffisamment de soin. Certains propriétaires flirtent également avec ce qui est autorisé, et ne s'en cachent pas. A Villers-Saint-Paul (Oise), tout près de Creil, Claude Bichut explique qu'il demande des "feuilles de paye" aux nouveaux arrivants, alors qu'aucun bail n'est établi. "A ceux qui sont en CDD ou en intérim, on fait comprendre qu'ils n'arriveront pas à payer", poursuit-il.

 Classé quatre étoiles, son parc résidentiel de loisirs est "un petit village" propret où ne vivent que des gens à l'année, et dans des conditions plutôt confortables. Les mobile homes et les chalets sont loués entre 350 et 500 euros par mois. Ils ont le téléphone, l'Internet haut débit (ADSL), des doubles vitrages et même des poubelles pour le tri sélectif. "Contrairement à ce qu'on croit, le caravaning n'est pas un mode de vie réservé à une certaine classe sociale, indique M. Bichut. J'ai ici deux ingénieurs, des personnes qui travaillent à Roissy, d'autres qui sont en attente d'un appartement... Le divorce m'aide aussi beaucoup. Souvent, ce sont les femmes qui conservent la maison après un divorce. Je récupère alors les hommes pendant un an ou plus, le temps qu'ils trouvent une solution."

 Mais de "vrais" pauvres, non : pas ici. "On fait barrage, sinon c'est l'enfer", assume le maître des lieux.

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