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Mes publications

Ouvrages

POULAIN, F. (sous la dir), Les églises de l'Eure à l'épreuve du temps, Editions des Etoiles du Patrimoine, 2015, 240p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010, 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F.Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F,Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements), Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.),Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise,Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Bulletin des Amis des Monuments et Sites de l'Eure (2012-2014),Rapport sur le mal logement – Fondation Abbé Pierre(2008-2014),Études Foncières(2000-2009),Le Moniteur (2005),Espaces, Tourisme et Loisirs(2005- ),Les Cahiers de la RechercheArchitecturale et Urbaine (2004),Territoires(2004),Le Caravanier, camping-caravaning(2004),Cahiers Espaces (2001-2003),Labyrinthe (2001),Urbanisme(2000) + nombreux articles dans des revues grand public (Libération,Le Monde,Le Point,Le Moniteur,Ouest-France...)

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007) « Camper au XXIesiècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » (2007)Identités en errance.Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.),Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004),« Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale(2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 17:53

Il existe deux types de carrière : celles à ciel ouvert et celles souterraines. La distinction est aisée : les carrières à ciel ouvert conduisent à ce que les carriers creusent au fur et à mesure pour atteindre les bancs qui les intéressent et celles souterraines conduisent à ce que les carriers fassent des galeries pour atteindre directement les bons lits.

Dans les périodes anciennes, les galeries souterraines présentaient un avantage : celui de ne pas avoir à se soucier du temps, qu'il s'agisse de la montre ou de la météo. En effet, en matière de météo, cela permettait à ce que les ouvriers puissent travailler par tous les temps. Et en matière de durée, cela offrait la possibilité d'avoir des campagnes d'extraction longues. Car une pierre mise à nue, soumise aux intempéries, était très rapidement dégradée.

Les carrières à ciel ouvert conduisaient alors mécaniquement à ce que les lits mis à jour soient extraits au plus vite à moins d'être gâchés. Au contraire, les carrières souterraines permettaient de conserver les pierres blanches et, grâce à la constante de la température, de ne pas les rendre impropres à toute utilisation.

L'extraction de la pierre  de la Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

Ainsi, l'objectif des carrières souterraines était d'atteindre directement le « gros lien » ou le « fran ban » sans avoir à dégager toutes les couches supérieures. Cela demandait à ce que les carriers ouvrent une « gueule » (entrée de la carrière) puis fassent une rue principale, des allées perpendiculaires et des routes parallèles. Il fallait conserver des piliers pour que le ciel « ne leur tombe pas sur la tête », voire parfois consolider (et ce, très rapidement) pour que le tout tienne. Les galeries font environ 8 mètres de large.

L'extraction de la pierre  de la Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

Ces pratiques ont été complétées par les agriculteurs ou les habitants des campagnes par la recherche de craie (similaire à de la marne) pour amender les champs. Les galeries plongeaient alors verticalement dans le sol et les ouvriers creusaient jusqu'à ce qu'ils atteignent la bonne couche, celle de la pierre utilisable pour les travaux de construction. Cela a donné de multiples puits, débouchant en sous-sol sur des poches vidées de leur substance. Bien sûr, avec les ans, les plafonds s'effondrent et cela donne lieu à de multiples dégâts en surface, notamment parce que les marniers n'allaient pas très loin par rapport aux lieux de vie et que les zones d'extension des villes contemporaines ont souvent recouvert ces zones d'extraction. Le département de l'Eure comporte de nombreuses marnières, qui sont répertoriées par la Direction Départementale des Territoires et de la Mer.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 17:24

On distingue dans l’Eure trois types de craie : la craie cénomanienne, la craie turonienne et la craie sénonienne.

La pierre de la Vallée de Seine appelée aussi « craie blanche à silex » ou « Pierre de Caumont » ou « Pierre de Vernon » est une craie sénonienne (entre 89 et 66 millions d'années). Elle est née de la période durant laquelle la région parisienne a été recouverte par les océans. Les sédiments calcaire s'y sont agglomérés, surtout sous la forme de débris ce qui conduit à avoir un grain extrêmement fin où les impuretés sont rares. On y trouve néanmoins quelques fossiles de bivalves, d'éponges ou d'oursins. Pour l'essentiel, la craie est composée de détritus de coccolithes (corpuscules calcaires ou carapaces servant à protéger de toutes petites algues) à une proportion allant jusqu'à 10 millions par millimètre cube de pierre.

La pierre Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance
La pierre Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

La craie sénonienne montre, sur ses zones d’affleurement, une épaisseur supérieure à 100 m. Elle est bien plus épaisse à l’Est du département où les couchent plongent vers le centre du bassin de Paris. Il s'agit d'une pierre relativement tendre, facilement sculptable même si des silex la parcourent, de plusieurs niveaux de dureté et formée quasiment exclusivement de carbonates de chaux (avec une faible teneur en argile). Les silex se sont formés de manière extrêmement rapide, par la « momification » ou la dissolution de certains types de micro-organismes, entre deux lits de coccolithes.

La pierre Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

Les silex ainsi accumulés forment des lits assez resserrés qui se lisent bien lors de l'extraction.

La pierre Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

Cette couche géologique se compose de 4 lits de pierres compris entre le « banc du ciel » ou « ciel » (plafond de la carrière) et le sol. On a ainsi :

  • le « brié » qui est une couche d'environ 2 mètres, composée d'une pierre tendre et gélive, de peu d'intérêt. Il est séparé du banc du ciel par une couche de silex de quelques centimètres.

  • puis, dès lors que le carrier sent une différence de dureté vient le « gros lien », plus dur et composé d'une soixantaine de centimètres d'épaisseur. Elle est d'une grande résistance et doit être utilisée pour les parties extérieures.

  • un cordon de silex sépare ensuite le « lit franc ». Il s'agit d'une pierre plus régulière que l'on emploie le plus souvent pour les parties sculptées car les silex y sont rares.

  • enfin, le « fran ban », d'une hauteur ne dépassant guère les 90 centimètres arrive. Certes moins dur que le « gros lien », et ne pouvant être utilisé qu'en intérieur, ce lit est très intéressant car il permet les plus fines des sculptures tant il est tendre.

La pierre Vallée de Seine - Les Essentiels Connaissance

Si la pierre de Caumont était facilement disponible puisque les lits intéressants se trouvaient à seulement 10m du niveau du fleuve, ce n'est pas le cas de la pierre de Vernon qui s'extrait plutôt aux alentours de 60m. Par ailleurs, leur qualité différait un peu puisque celle de Caumont était plus grossière. Cela a conduit à ce que la pierre de Caumont soit utilisée de manière courante pour les bases solides des fondations, pour l'amendement des champs (afin de diminuer l'acidité du sol) ou pour le fonctionnement des fours à chaux et celle de Vernon pour les parties sculptées et précieuses des édifices importants tels les châteaux (Gaillon,...) et les grandes églises (Cathédrale, Collégiale d'Ecouis, de Vernon, église de Louviers, du Neubourg ou de Pont de l'Arche).

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 17:18

Suite à la conférence organisée par le service territorial de l'architecture et du patrimoine en juin 2014 sur le passé carcéral du Château de Gaillon, Jean-Claude Vimont, chercheur en pointe sur le sujet et directeur du site de référence criminocorpus, a décidé de lancer un programme de recherche sur le patrimoine carcéral normand, notamment pour enrichir un futur musée virtuel de l'Histoire carcérale française.

Le projet intervient à un moment crucial de l’histoire de la justice en France et de l’histoire de l’exécution des peines. La vétusté du parc carcéral hérité du XIXe siècle implique de nouvelles constructions et des désaffectations de bâtiments anciens. Des préconisations européennes et législatives vont contraindre les gouvernements à pratiquer l’encellulement individuel et donc accélérer la disparition d’établissements qui disposent encore de dortoirs. Il y a donc une dimension d’urgence et de « sauvetage » dans le projet, à la manière des fouilles de sauvetage archéologiques.

Pour l'Eure, le Château de Gaillon apparaît comme le site majeur en terme de patrimoine carcéral des 19ème et début du 20ème siècles. Les travaux sur les graffitis menés par Dominique Pitte et France Poulain ont été finalisés pour le Château et des articles de recherche sont parus dans les bulletins des annales régionales édités par la DRAC/service régional de l'archéologie. Il reste néanmoins à faire le travail de redessin des graffitis sur la Maison Grise, les bâtiments annexes à la prison et aux Douaires. Le travail au niveau des archives (témoignages, documents aux ADE,..) est réalisé par l'association pour la Renaissance du Château sous l'égide de Jean-Louis Breton. Les travaux de localisation, d’identification des bâtiments, d’analyse des fonctionnements, de repérages de traces et de graffitis sont déjà amorcés mais demandent à être approfondis. Gaillon, « commune pénitentiaire » ?

Un site mérite un travail de report exhaustif est celui de la cellule du prisonnier Poulain au Château de Gisors car les graffitis se dégradent rapidement sous l'effet d'une atmosphère non contrôlée (hygrométrie...). Les photographies ne sont pas suffisantes.

Des sites plus ponctuels et peu connus doivent également être expertisés avec la prison de Brionne et la prison des moines dans l'abbaye du Bec Hellouin. Ces deux sites de faible dimension (quelques pièces à chaque fois) peuvent faire l'objet de campagnes de relevé relativement rapides (1 journée à chaque fois avec 4 personnes min.).

Certains sites très ponctuels comme la prison de Lyons la Forêt ou d'autres sites dont l'existence (et la conservation) sont encore à confirmer ne gardent a priori plus de traces physiques sur les murs. Il faut alors se demander s'il est intéressant de les répertorier ou alors au titre des sites disparus, mais cela demande alors de faire une recherche exhaustive à l'échelle du département pour tenter de retrouver le maximum de salles de justice et/ou cachots ; tâche très intéressante mais qui risque d'être fastidieuse.

Il s'agit également de voir dans quelles conditions les derniers espaces créés avant la Seconde Guerre Mondiale peuvent faire l'objet d'analyses et d'études comme le modèle d'architecture cellulaire de la Prison d'Evreux. Un travail de recueil des photographies de dispositifs architecturaux qui disparaissent progressivement doit être mené.

Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance
Les anciennes prisons de l'Eure - Les Essentiels Connaissance

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 21:10

Le patrimoine industriel de l'Eure peut être décomposé en quatre grandes catégories.

Le premier est lié aux éléments architecturaux ou urbains pouvant être qualifiés de proto-industriels comme l'usine de fabrication de peigne d'Ezy sur Eure. Il s'agit de bâtiments où pour la première fois, des personnes qui faisaient de manière artisanale des peignes chez eux dans leur maison ont été regroupées pour améliorer la qualité et surtout la quantité produite. Les premières chaînes de mécanisation voient le jour avec des postes de travail dédiés. La complexité de cette catégorie est qu'il existe relativement peu de lieux de ce type et que les ouvrir à la visite (en présentant les savoir-faire d'autrefois) est difficile à mettre en œuvre en terme de sécurité et d'accessibilité.

Le deuxième est lié à une spatialisation précise des types de proto-industries avec la vallée de l'aiguille au niveau de la Vallée de la Risle, le travail du cuir à Pont Audemer, la chaussure à Pont de l'Arche... Autant de lieux pour lesquels des mises en valeur patrimoniales ont été réalisées grâce à des œuvres d'art sur les ronds-points, des ouvrages...

Il n'est pas si fréquent que des traces bâties soient encore en place, à l'exception des moulins encore présents, qu'ils soient éoliens ou hydrauliques. Mais si les bâtiments demeurent, les mécanismes ont disparu. Dans la majeure partie des cas, les propriétaires privés n'ont pas eu les moyens d'entretenir les énormes mécanismes. À l'exception des éléments devenus monuments historiques comme le moulin d'Andé ou lorsque des associations locales se lancent dans la sauvegarde, voire le sauvetage, desdits éléments.

Le troisième est lié à la présence d'usines en zone aujourd'hui devenues centrales dans les agglomérations modernes. Si au 19ème et au 20ème siècles, les grandes usines étaient souvent installées à l'extérieur de la partie historique des communes, elles se sont progressivement retrouvées imbriquées dans les espaces urbains et sont devenues, à notre époque, de véritables richesses foncières. La question est alors souvent de savoir s'il faut effacer ces bâtiments (avec plus ou moins de sensibilité et de soin) pour construire de nouveaux quartiers plus adaptés aux besoins modernes, ou bien alors conserver ces bâtiments en leur trouvant de nouveaux usages. Ces grands espaces, souvent inchauffables et présentant de nombreuses traces du passé (plomb, pollution, amiante...), sont complexes à réinvestir autrement que par des usages ponctuels, en tout cas non habitables (Louviers).

Dans certains cas, les usines reconverties deviennent des lieux culturels, comme la friche des 6000 à Fontaine l'Abbé ou l'usine à Zabu à Saint Germain des Angles. L'usine Zabu, du nom du célèbre sculpteur ébroïcien Jean Zabukovec, est devenu à la fois son lieu de vie et à la fois un espace de création et d'exposition sélectif d'art contemporain. Il a réussi à préserver ce patrimoine industriel fait d'une ancienne usine de textile, puis de bois, de métallerie et pour le bâtiment. Pour les 6000, l'ancienne filature désaffectée de 6000m² (d'où son nom) est le lieu d'un projet de réhabilitation et de transformation en un lieu artistique et culturel avec des lieux d'hébergement, de restauration et de création.

Le quatrième type de patrimoine est lié aux ensembles d'habitations collectives ouvrières constitués autour des usines ou dans les faubourgs des villes et qui présentent des caractéristiques architecturales de qualité, comme les cités ouvrières identifiées lors du diagnostic réalisé pour le Plan Local d'Urbanisme Intercommunal du canton de Rugles (Neaufles Auvergny, Rugles...) ou les ensembles en colombage de Perriers sur Andelle. Elles sont de plus en plus largement identifiées et mises en valeur. Des travaux ethnographiques ou architecturaux peuvent alors avoir lieu et mettre en valeur les différences que chaque famille a apporté sur des modèles souvent stéréotypés.

Actuellement, le réseau industriel eurois se concentre au niveau de la ville nouvelle de Val de Reuil et de manière plus éparse sur le reste du territoire. Certaines vallées, anciennement industrialisées, peinent à poursuivre leur vie économique.

Le patrimoine industriel de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°129

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 21:06

A partir de la fin du 2ème siècle, les Chrétiens commencent à célébrer la vie des Saints et à leur rendre des hommages, notamment en venant se recueillir sur leurs tombeaux. Ces visites devinrent pèlerinages et ont engendré, notamment au cours de la période médiévale, une économie qui permet d'échanger des vœux pour une meilleure santé, pour des pêchés rachetés... en contrepartie de dons. Les tombeaux demeurant là où les Saints étaient censé être décédés, ce sont des reliques qui vont doter certains centres religieux d'un prestige supplémentaire. Différentes représentations des Saints, ainsi que du Christ, commencent alors à parer les édifices religieux, soit par le biais de statues, soit grâce à des sculptures enchâssées, dans le tympan pour le Christ et d’autres parties de l'église pour les Saints). Afin de les distinguer, des attributs génériques leur sont attribués. Ces attributs s'appliquent à certaines catégories de Saints : la palme et la couronne (martyrs), le lys (vierges), la mitre et la crosse (évêques), le livre des Évangiles (diacres et Docteurs de l’Église), la couronne et le globe (Saints rois), le glaive ou la lance (saints militaires), une tête coupée (céphalophores, saints décapités portant chacun sa tête), un modèle d'église (saints fondateurs)... Mais les Saints ont également des attributs individuels qui peuvent être liés à des données physiques, des éléments vestimentaires, des objets ou bien à des animaux par exemple.

Agathe

Couteau, peigne(s) à carder, plat avec deux seins coupés, torche enflammée

Agnès

Agneau, cheveux longs, épée du martyre, flammes.

Albert le Grand (v. 1207-1280)

Crosse d'évêque, livre.

Alphonse de Ligori

Chapelet

Ambroise de Milan (v. 339-397)

Abeilles, bébé, crosse d'évêque, fouet, livre, ruche.

André (Apôtre, Ier siècle)

Croix en X, clous, filet de pêcheur, poissons.

André Corsini

Croix, avec un loup et un agneau à ses pieds, flottant au-dessus d'un champ de bataille, en habits épiscopaux.

Ange de Jérusalem

Épée, un couteau, un livre, la palme du martyr, trois couronnes, des roses.

Anne (Mère de Marie, Ier siècle)

Livre, livre ouvert, lys.

Antoine

Tentations (femmes nues, démons...)

Antoine de Padoue (1195-1231)

Livre, portant le Saint-Enfant, lys, mule, poissons.

Antoine le Grand

Animaux sauvages, cloche, cochon domestique, livre, croix de Saint-Antoine

Antoine-Marie Zaccaria

Calice, hostie, croix

Apolline

Dents

Augustin d'Hippone (354-430)

Cœur enflammé, coquille, crosse d'évêque, enfant, flèches, livre.

Barbe

Tour, canon, ciboire surmonté d'une hostie, plumes de paon, torche enflammée.

Barnabé (Ier siècle)

Livre, pierres. branche d'olivier, bâton de pèlerin, évangile selon Matthieu.

Barthélémy (Apôtre, Ier siècle)

Couteau, peau humaine écorchée.

Bénézet

Pierre portée sur son épaule servant d'assise à la première pile du pont d'Avignon, bâton de berger, mouton, fifre

Bénigne

Alêne

Benoît de Nursie (v. 480-547)

Clochette, corbeau, crible brisé, crosse d'abbé, flacon, grotte, oiseau, pains, ronces, serpents.

Bernadette de Lourdes

Vierge, jeune paysanne, sœur de la charité de Nevers.

Bernard de Clairvaux

Chien, crosse d'abbé, crosse sous les pieds, essaim d'abeilles, instruments de la Passion, livre, mitre jetée à terre, ruche, Vierge.

Bernardin de Sienne

Auréole lumineuse

Blaise

Cierges entrecroisés, cochon, cor, crosse d'évêque, mitre, oiseau, peigne(s) à carder.

Blandine

Filet du martyre, gril, lions du martyre, ours du martyre, taureau.

Boniface

Habit d'évêque, la mitre et un livre traversé d'une épée.

Brigitte de Suède

Cierge, couronne royale, crosse d'abbé, flammes, gourde de pèlerin, livre.

Bruno

Crâne, crosse sous les pieds, étoile sur la poitrine, mitre jeté à terre.

Catherine

Roue

Catherine d'Alexandrie

Anges, anneaux d'or, colombe, enfant, épée du martyre, roue brisée à pointes.

Catherine de Sienne

Anneau d'or, cœur, couronne d'épines, crâne, livre, lys, rosaire, stigmates.

Cécile

Glaive traversant le cou, Lyre

Charles Borromée

Communion, corde

Christ

Représenté métaphoriquement par la croix, la colonne, l'agneau

Christophe

Bâton fleuri ou feuillu, enfant, tête de chien.

Claire d'Assise

Croix au rameau d'olivier ou rameau d'olivier seul, lanterne, lys, ostensoir.

Clotilde

Église sur la main

Colette de Corbie

Puits et poule

Côme et Damien

Boîte d'onguents, chaperon cylindrique de médecin, instruments de chirurgien ou trousse de chirurgien, flèches, jambe d'homme noir, mortier et pilon, robe fourrée.

Crépin et Crépinien

Outils de cordonnier

Daniel Bottier

Longue barbe blanche à double pointe, Légion d'honneur, Croix de guerre, livres, accompagné d'enfants ou d'Africains

Denis

Chaînes, crosse d'évêque, mitre, tête portée dans les mains.

Dominique

Chien blanc et noir tenant une torche enflammée dans sa gueule, diable, étoile, livre, lys, rosaire.

Dorothée

Fleurs, pommes.

Elisabeth de Hongrie

Couronne royale, couronne triple, fleurs, livre, livre coiffé de deux couronnes, pains, sceptre.

Elisabeth

Longue robe, manteau à capuchon.

Eloi

Calice, cheval, crosse d'évêque, enclume, fer à cheval, marteau, mitre, outils de forgeron, patte de cheval, tenailles.

Elphège de Canterburry

Une hache

Erasme de Formia

Intestins autour d'un cabestan

Étienne le Diacre

Dalmatique, livre avec des pierres, pierres.

Eustache

Armure, cerf crucifère, chien, cor, taureau.

Félix de Cantalice

Âne

Félix de Valois

Bannière

Fiacre

Bêche

Florian

Habitation en flammes

Foy

Couronne royale, gril.

François d'Assise

Ange, violoniste, char céleste.

François de Paule

Bâton

François-Xavier

Bourdon

Françoise Romaine

On la représente soit avec un petit âne, soit un panier de légumes, soit en compagnie d’un ange ou portant l’Enfant Jésus.

Gaétan de Thiene

Cœur ailé

Geneviève

Agneau, anges, cierge, diable, médaille crucifère, soufflet.

George

Combattant le dragon

Georges

Armure, bouclier, cheval

Germain d'Auxerre

Crosse d'évêque, mitre.

Germaine Cousin

Quenouille, accompagnée d'un mouton, mais aussi avec son tablier ouvert sur un bouquet de roses.

Gildas le sage

Cloche

Gilles

Béquille, biche, flèche(s).

Grégoire le Grand

Colombe, croix pontificale, instruments de la Passion, livre, tiare pontificale.

Guénolé

Oie

Hélène

Clous, couronne royale, croix, manteau impérial, maquette d'église dans la main.

Hervé

Loup

Hilaire de Poitiers

Enfant

Honoré

Pelle de boulanger

Hubert

Cerf crucifère, chien, cor, crosse d'évêque, mitre.

Ignace de Loyola

A.M.D.G., barrette noire romaine, cœur enflammé, I.H.S. entouré de rayons, livre.

Isidore le Laboureur

Épis de blé, fléau, anges laboureurs, charrue, faucille.

Jacques le Majeur

Coquille, bâton de pèlerin, chapeau large à coquille, cheval, coquille, épée du martyre, gourde de pèlerin, Jardin des Oliviers, manteau long, panetière de pèlerin, Transfiguration.

Jacques le Mineur

Massue, perche de foulon.

Janvier de Bénévent

Mitre

Jean (Apôtre)

Aigle, calice au serpent, cuve d'huile bouillante, Jardin des Oliviers, livre, Transfiguration.

Jean Chrysostome

Arbre

Jean de Dieu

Corde, couronne d'épines

Jean de la Croix

Aigle

Jean de Matha

Fers, bourse

Jean-Baptiste

Agneau, agneau crucifère, colombe, peau de mouton ou peau de chameau, tête tranchée dans un plat.

Jeanne d'Arc

Agneau, armure, épée, étendard, flammes, oriflamme.

Jérôme

Bible, chameau, chapeau de cardinal, crâne, lion, livre, pierres.

Joseph de Nazareth

Âne, ange, bâton fleuri, bœuf, enfant, gourde, lanterne, lys, outils de charpentier.

Judas Iscariote

(N'est pas un saint, il est damné, il n’a pas profité de la Rédemption et il a perdu son âme) Baiser, bourse, pendu.

Jude

Massue ou hallebarde

Julie de Corse

Aviron, barque, cerf, épée.

Laurent

Bourse, calice, croix processionnelle, dalmatique, gril, livre.

Léonard

Cadenas, chaînes.

Louis Bertrand

Vêtement dominicain, la coupe, le crucifix

Louis IX de France

Couronne royale, tunique à croix rouge, instruments de la Passion, lys, main de justice, sceptre, bouclier.

Luc (Ier siècle)

Taureau, bœuf, chevalet de peintre, instruments de chirurgien, livre, palette de peintre, peintre, pinceau, taureau ailé.

Lucie de Syracuse.

Cierge, épée du martyre, lampe à huile, plat avec deux yeux, yeux comme une fleur au bout d'une tige, Yeux (arrachés)

Marc

Lion ailé, livre.

Marguerite

Couronne d'épines, croix, dragon, homme sous les pieds, lance.

Marguerite de Hongrie

En habit dominicain, portant une fleur de lys, ou avec la couronne royale et un crucifix

Marie

Femme sur son lit de mort, âne, ange, homme mort sur les genoux, bœuf, couronne royale, enfant, épis de blé, étoile, debout au pied de la croix, montant au ciel, larmes de douleur, livre, lune sous les pieds, repas de noce, poignards, vase à parfum, femme(s).

Marie l'Egyptienne

Cheveux longs, crâne, lion, pains.

Marie-Madeleine

Cheveux longs, partiellement dénudée, barque, bêche à manche crucifère, Christ, couronne d'épines, crâne, miroir.

Marthe

Balai, clef, cuillère à pot, dragon, goupillon, quenouille.

Martin de Tours

Armure, chape, cheval, crosse d'évêque, épée, manteau coupé en deux, oie.

Matthieu

Hache ou bourse, Anges, bourse, épée du martyre, livre.

Maur

Béquille

Maurice

Armure, bannière blanche à croix rouge, étendard, lance de chevalier, homme noir.

Michel

Ailes, armure, balance, dragon, épée, étendard, lance de chevalier.

Nicolas

Ancre, barque, bourse, crosse d'évêque, pains.

Norbert

Araignée dans un calice, calice, ostensoir, scapulaire.

Odile

Calice, coq, crosse d'abbé, flammes, hermines, yeux posés sur un livre.

Osanna de Mantoue

Couronne d'épine surmontée de rayons de lumière - En dominicaine, avec le diable sous ses pieds, en compagnie des anges, ou encore tenant une croix.

Pantaléon

Intestins autour d'un cabestan

Patrick d'Irlande (v. 390-463)

Crosse d'évêque, mitre, serpents, trèfle.

Paul (v. 10-64)

Cheval, épée du martyre, trois fontaines, rouleau (parchemin), serpent

Paul Ermite

Corbeau, lions, pain, tunique en feuilles de palmier

Paul (Apôtre)

Considéré comme apôtre parce qu'il a été parmi les premiers à proclamer l'évangile. Épée.

Paulin de Nole

Bâton pastoral et cloche.

Philippe (Apôtre)

Long bâton qui se termine par une croix, croix renversée, dragon.

Philippe de Néri

Lys, chasuble, cœur enflammé

Philomène

Ancre, clous

Pierre (Apôtre)

Barque, centurions, chaînes, clefs, coq, croix pontificale, filet de pêcheur, homme marchant sur l'eau, Jardin des Oliviers, poissons, tiare pontificale, Transfiguration

Raymond Nonnat

Bouche fermée avec un cadenas

Rémi

Ampoule d'huile, portée par une colombe, crosse d'évêque, mitre.

Rita

Robe des Augustiniennes, agenouillée devant le Christ, ou le Christ dans les bras, stigmate sur le front due à une épine de la couronne du Christ.

Robert de Molesmes

Deux crosses abbatiales , deux abbayes

Roch

Ange soignant un bubon de peste, bâton de pèlerin, bubon de peste, chapeau large à coquille, chien, coquille, gourde pèlerin, panetière de pèlerin.

Rose de Lima

Ancre, couronne de fleurs

Saint Esprit

Colombe, rayon de lumière

Sébastien

Arc, armure, flèches, ville en ruines

Simon (Apôtre)

Barque, épée du martyre, livre, scie.

Sophie

Couronne gemmée, couronne triple, sceptre.

Stanislas Kostka

Communion

Théodore

Armure

Thérèse de Lisieux

Croix, roses.

Thomas (Apôtre)

Équerre ou lance, Ceinture de la Vierge Marie, Christ, lance du martyre, outils.

Thomas d'Aquin

Calice, colombe

Ursule

Bannière, flèche

Valentin

Banderole, livre.

Véronique (Ier siècle)

Instruments de la Passion, turban, Suaire (avec le visage du Christ)

Véronique Giuliani

Couronne avec épines, embrassant la croix

Vincent de Paul

Enfants

Vincent de Saragosse

Chevalet du supplice, corbeau, dalmatique, grappe de raisin, gril, intestins, peigne(s) à carder, pierre de meule, serpette de vigneron, vigne.

Yves de Tréguier

Barque noire romaine, habit d'avocat, sacoche. On le représente généralement avec une bourse dans une main, pour signifier tout l'argent qu'il a donné aux pauvres dans sa vie, et un parchemin dans l'autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique. Il est également souvent figuré entre un homme riche et un homme pauvre.

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 21:04

Cette recherche sur les images licencieuses présentes dans les églises de l'Eure a été entamée à la suite de la lecture de deux ouvrages très intéressants ; le premier est celui de Frank Horvat et Michel Pastoureau « Figures romanes » et le second est celui de Bernard Rio « Le cul bénit – amour sacré et passions profanes ».

L'ouvrage de Michel Pastoureau, bien connu pour ses remarquables travaux sur la période médiévale et Frank Horvat, photographe, met en avant la qualité de la sculpture romane dans les édifices plutôt de la moitié sud de la métropole. Bernard Rio s'attache quant à lui à détecter toutes les images - présentes dans les églises de Bretagne - qui ne correspondent pas aux bonnes mœurs ; avec sans doute un texte parfois plus anecdotique que Michel Pastoureau qui livre une lecture extrêmement nette de ce qu'il est possible d'analyser quant à la période médiévale.

Bien sûr, la surface d'étude leur permet de trouver un corpus riche et varié avec néanmoins des récurrences comme les éléments exagérés pour les visages afin de mettre en avant le caractère animal des hommes dans leurs pulsions (gros yeux, énorme bouche, grande langue...) mais aussi dans certains cas la présence de sexes d'hommes ou de femmes à l'intérieur ou à l'extérieur des églises.

Qu'en est-il alors pour l'Eure ? Car il ne m'apparaissait pas de prime abord que nous étions entourés par un grand nombre de représentations licencieuses. Les nombreuses visites d'églises laissaient à penser que le corpus s’élève à quelques dizaines d'éléments. Deux catégories semblent se détacher au-delà des figures aux traits exagérés.

La première est liée au tirage de langue. Il s'agit de la catégorie la plus nombreuse que l'on retrouve notamment sur beaucoup de modillons extérieurs mais également de manière plus ponctuelle à l'intérieur soit au niveau des blochets haut, soit dans un cas pour un démon allongé dans l'église de Mouettes. Ce démon sculpté sur le premier entrait situé au-dessus de la porte d'entrée est très intéressant car il est unique dans le département à ma connaissance. Il ne montre pas son sexe mais tire la langue. Sa position vers l'intérieur est une caractéristique quasi permanente dans les églises où les images licencieuses ne sont pas tournées vers la foule des croyants qui aurait pu les voir pendant les cérémonies.

Certains y voient parfois la malice des artisans qui auraient voulu faire frémir les curés, mais Michel Pastoureau y découvre au contraire une volonté du clergé de soumettre ses curés aux plus grandes tentations pour renforcer leur capacité de résistance et prouver de ce fait leur grande piété.

Les sexes d'hommes et de femmes ainsi que leurs fesses correspondent à la seconde catégorie, parfois visible seulement du curé et non des croyants. Il est possible d'en voir, comme partout en France, au niveau des gargouilles ou des modillons, mais aussi de manière vraiment plus ponctuelle dans certains recoins. Ces éléments représentant les passions incontrôlées des hommes relèvent de la même veine que les figures démoniaques que l'on peut trouver dans les édifices de la période médiévale. Ces images licencieuses sont de nature à engendrer de la crainte dans le cœur du fidèle qui doit rester le plus pieux possible et ne pas succomber à la tentation.

* Merci de nous communiquer d'autres exemples, si vous en trouvez dans l'Eure.

Les images licencieuses des églises de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°124

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 20:59

Le grison est une roche que l’on trouve très fréquemment dans la construction des églises, bâtiments civils ou militaires sur le territoire d’une grande partie du département de l'Eure. Ce territoire s’étend néanmoins au-delà, de Lisieux à Vendôme et sa présence se remarque spécialement dans les départements limitrophes de l’Orne et de l’Eure et Loir

C’est un poudingue de silex et d’argile ferrugineuse. On le trouve par nappes à une profondeur ne dépassant pas 50 cm. Au moment de son extraction, le grison peut être facilement taillé car il est relativement « tendre ». Après exposition à l’air et séchage, il devient très dur et peut plus difficilement être retaillé. L’oxydation du fer qu’il contient lui donne alors une couleur rouge brun.

Le grison de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°118

Source : « Le Grison », par C.Montenat, A.Lemoine-Descourtieux, N.Wasylyszyn, en coll. avec de P.Durand et G.Lepoint et M-L.Guiho-Montenat, publié par l'Association des Géologues du Bassin de Paris en coédition avec l'AMSE, 2011.

Le grison de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°118

Au 10ème siècle, son extraction commence timidement, peut-être alors découvert par des chercheurs de minerai de fer. Mais c'est entre le 11ème au 13ème siècle qu'il connaît son âge d’or. Durant cette période, sa mise en œuvre est quasi systématique, favorisée par les besoins importants lié au fort développement urbain de cette période. Ce n'est pas une roche qui a besoin d'être extraite dans des carrières car elle est mise à nue lors des travaux de défrichement réalisés dans les parties boisées. Il est alors facile à extraire, point n’était besoin d’outillage compliqué, et on le trouve sur place tout comme les silex, ce qui explique que dans certains endroits des quantités de bâtiments en sont constitués.

Le grison, comme le grès, est très solide et imperméable, les deux matériaux seront employés très souvent pour des soubassements, les contreforts ou pour certains petits éléments de type linteau. Ce qui n’empêche pas que dans certains cas ce sont les bâtiments dans leur totalité qui en sont constitués comme à la Neuve Lyre ou à Broglie.

Après le 13ème siècle, le grès est de plus en plus utilisé, sans doute en raison de l’épuisement des ressources -les couches de grison ne dépassent pas 40 cm d’épaisseur-, mais aussi avec l’amélioration des moyens de transport et de l’outillage. On a calculé, par exemple, que la Tour Grise de Verneuil aurait nécessité l’extraction du grison sur une surface d’environ deux terrains de rugby. On peut faire aussi un parallèle esthétique : le grison n’est pas susceptible, en raison de son grain, d’être finement taillé, contrairement au grès et à la craie, et le développement de la sculpture pour les églises se fait en même temps que les matériaux et supports évoluent.

L’arrivée du grès et du calcaire ainsi que les destructions, marquent à la fois un arrêt de son extraction, mais son ré-emploi -comme celui du grès- continue, car les moellons gardent toute leur qualité. Le meilleur exemple de ce ré-emploi est sans nul doute l’exemple du chevet de l’église Notre-Dame à Verneuil sur Avre lorsqu’à la fin du 19ème siècle, son curé l’abbé Dubois décide de construire trois chapelles et une tourelle pour agrandir le chœur. Il n’est plus guère utilisé de nos jours, sauf à titre exceptionnel.

Quelques données techniques :

- Composition chimique : elle est variable avec une teneur en oxyde de fer de 6,4 à 22,5%, pour une teneur en silice atteignant pratiquement le reste, et une légère présence d’oxyde de manganèse.

- Sa densité varie également, la granulométrie des silex contenus dans le grison

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 20:56

Il est possible de voir au sol des cimetières ou sur les façades de quelques maisons des pierres bleutées turquoise, aux couleurs changeantes et aux arrêtes tranchantes. Il s'agit de cline qui correspond au « laitier de fonderie », le résidu qui coule lorsque l'on ajoute du calcaire pendant la cuisson du minerai. L'apport de calcaire permettait de réaliser la fusion du minerai à une température moins élevée et d'augmenter le rendement. Le résidu très chaud coulait sous la forge et constituait une sorte de verre qui se solidifiait progressivement. Cela explique les différences dans la nature même des échantillons que l'on trouve aujourd'hui : certains sont très sombres, quasiment noir, d'autres bleu foncé, bleu azur, turquoise quasiment vert... avec des bulles dans certains cas ou des restes de sables pas encore complètement fondus. Parfois pour les morceaux de grande tailles, il est possible de voir les couches successives.

Ce résidu de vitrification est lié à l’implantation des premières fonderies de la période gallo-romaine jusqu'au 18ème siècle et les évolutions techniques de la période proto-industrielle. Il est nécessaire de réaliser des datations au carbone 14 pour connaître précisément la date de formation et déterminer des liens entre des fonderies notamment des 17 et 18ème siècles connus par des textes anciens. Il est plus délicat de faire le lien entre de la cline et des vestiges gallo-romains. Sauf peut être pour la cline retrouvée dans le cimetière de l'église de Condé sur Iton car cette commune fut l'un des premiers centres métallurgiques de Gaule.

Des voies romaines venant de Paris, d'Evreux, de Lisieux, du Mans, de Jublains en Mayenne et de Rugles y aboutissaient. Des monnaies romaines, des poteries de terre rouge, des traces d'aqueducs et un cimetière antique ont été retrouvés à proximité du site de l'église (in Poulain Georges. Découverte et exploration d'une villa agraria romaine, près de Condé-sur-Iton (Eure). In: Bulletin de la Société préhistorique de France. 1913, tome 10, N. 6. pp. 338-340).

Les habitants du pays trouvent encore de nombreux morceaux de cline , appelés « les Montages » car ils forment de grands tas. Je n'ai pour ma part vu que jusqu'à présent que de petits fragments mais des études archéologiques ont permis de trouver des blocs de cline d'environ 1m3, soit un fond de forge (fouilles pour la déviation de Gisors, 2012). A Francheville également, la cline est très présente dans le paysage notamment parce que cette commune à compter jusqu'à 400 forges en 1814 (à voir au musée local de la Ferronnerie).

Ces éléments de cline continuent à être considérés comme un résidu, un déchet industriel. Certains les ont concassé pour en faire des petits débris de quelques millimètres ajoutés ensuite au mortier, comme on le fait avec le sable ou la brique pillée, « la chamotte ». De nombreuses églises du sud de l'Eure ont ainsi un enduit à la chaux dans lequel se trouvent des milliers d'éclats de cline, difficiles à distinguer car les murs des églises n’en deviennent pas bleutés pour autant. A la Ferrière sur Risle, la cline a été utilisée pour fabriquer des parpaings dont certains sont encore visibles à l'abbaye de Grammont au Chatel la Lune.

De manière moins fréquente et nécessitant une vigilance particulière, la cline a été utilisée notamment à Bourth, à La Neuve Lyre... comme élément de parement décoratif pour les façades des maisons. Mais l'usage peu fréquent de ce matériau est peut être explicable du fait de ses formes irrégulières et du manque de faces planes mais l'explication vient sans doute du fait qu'il s'agissait d'un déchet et qu'il n'était alors considéré comme un matériau valorisant pour les édifices.

La cline du Sud de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°117

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 20:54

Cette dénomination de curiosités architecturales regroupe des éléments d’ornementation relativement rares. Pour les découvrir, il faut au passant faire preuve de curiosité pour les apercevoir. Trois clés peuvent être utilisées pour mieux les repérer.

1/ Savoir en premier regarder avec une certaine lenteur les paysages bâtis ou naturels qui nous entourent est une première clé. La personne pressée par le temps peut ne pas découvrir grand-chose car nombre de ces curiosités sont de petites dimensions.

2/ Ne pas porter de jugement sur ce que l’on voit en est une seconde. En effet. nombre de curiosités peuvent paraitre de prime abord populaires, curieuses ou enfantines alors qu'il s'agit de la transposition d'une manière de voir et de comprendre d’une autre époque, dont les codes, les rêves,... ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Le monde qui nous entoure est à voir sans a priori. Car la curiosité vient toujours d'objets ou de lieux qui nous sont étranges ou étrangers alors qu'ils ne le sont pas pour celui qui y vit ou qui les a faits. Il n'existe pas de curiosités universelles et que tous pourraient regarder comme telles. Or notre époque de communication mondiale pourrait avoir tendance à uniformiser notre émotion et notre regard.

3/ Aller sur le terrain est le troisième de ces clés. Il s’agit de ne pas se satisfaire de photographies ou d’autres médias qui nourrissent notre quotidien d’aujourd'hui. Une lumière, une ambiance, une rencontre avec les habitants… alimentent aussi une part importante de notre faculté à découvrir des pépites de curiosité visuelle.

Quatre catégories appartiennent à « mon panthéon » de curiosités architecturales. Et j'emploie à dessein le « je » car il appartient à chacun de découvrir les siennes propres.

Il existe tout d'abord des objets à motifs paréidoliques qui prennent des traits humains. Il en existe de nombreux exemples dans le département en terme d'architecture où deux fenêtres deviennent des yeux, une porte une bouche et ainsi de suite... Si vous commencez à les chercher, vous remarquerez pourtant qu'ils ne sont pas si fréquents que cela.

Viennent ensuite les collages en vaisselle ou coquillages datant plutôt de l'après-guerre et qui appartiennent au grand mouvement d'auto-décoration lancé par le Facteur Cheval. Certains habitants ressentent en effet le besoin de décorer tout leur environnement (de la cave au grenier) avec des morceaux de vaisselle ou en re-sculptant du ciment... hors des catégories classiques d'ornementation des façades.

Il existe également une grande catégorie un peu fourre-tout d'éléments sortis de leur contexte tels des simili-châteaux forts, des herses en guise de clôture, des haies de thuyas taillées en créneaux, des grilles dignes du Château de Versailles pour un tout petit pavillon, des maisons recouvertes de nains de jardins ou encore en fin d’année la « floraison » de décorations de Noël dans le jardin... Ces éléments sont souvent assez visibles.

Et pour finir, il reste tous les éléments d'appropriation ou de marques anciennes, comme les volets ajourés de motifs indiquant le métier de l'artisan à Verneuil sur Avre ou les initiales en culs de bouteilles sur les façades de Quillebeuf-sur-Seine…

Les curiosités architecturales de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°116

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 20:53

Les grotesques forment un courant artistique qui prend naissance en Italie au milieu du 16ème siècle. La beauté des formes et l'élégance des figures entraînent une large diffusion de ce style au travers de toute l'Europe. Les grotesques deviennent l'un des canons stylistiques majeurs pour les décors intérieurs ou extérieurs, les meubles ou autres ornements.

Les caractéristiques majeures de ce courant stylistique sont liées à la symétrie des figures autour d'un axe placé au centre de chaque compartiment à décorer (mur, pilier, caisson dans des portes...), l'étirement des éléments en longue ligne très finement sculptées dans le bois ou la pierre mais aussi en peinture et la création de figures humaines souvent mythologiques, de figures animales (lion, poisson, oiseau...), de figures hybrides (anthropomorphe telle sirène, centaure, sphinx...; zoomorphe mélangeant animaux terrestres et/ou marins ou aériens ; tératomorphes comme les dragons ; ou phytomorphe soit des figures humaines ailées). Le meilleur exemple, et même s'il ne s'agit pas d'une église, reste la façade du Pavillon d'entrée du Château de Gaillon.

Les grotesques des églises de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°113

Le jeu de pistes peut alors commencer afin de retrouver les éléments correspondant au même style dans les églises. Il est possible de les remarquer : sur les portes d'entrée, sur les autels ou retables, sur les charpentes... Il est possible d'en trouver dans certains décors de châteaux mais aussi dans les églises. Ce sont les piliers de retables ou les décors des autels qui en sont dotés, de même que les portes d'entrée. Le plus généralement, ces figures sont sculptées dans du bois et on peut encore voir aujourd'hui de très beaux éléments. Les voûtes lambrissées du Vexin Normand comporte également des grotesques dans les parties sculptées dans du bois noble (mais pas au niveau des merrains).

Les grotesques sont porteurs d’une créativité importante de par leurs formes mais aussi en termes intellectuels puisqu'ils étaient fondés -même si c'est seulement en dessin- des associations homme-animal très répréhensible, notamment par l'Eglise. Dès le Concile de Trente soit vers 1560, l'Eglise considère que les thèmes sont « dangereux » car ils évoquent des alliances contre-nature ; mais les défenseurs de ces figures tentent de faire reconnaître leur caractère purement esthétique afin de favoriser leur diffusion. C'est le cas aussi dans l'Eure même si les grotesques véritables sont rares. En effet, et notamment dans certaines églises, il est possible de trouver des traces de grotesques, mâtinées d'autres styles. Les formes symétriques et plutôt « merveilleuses » tendent à être soit relativement mal dessinées avec un dessin à la main plutôt hésitant ou naïf ; soit mélangées avec d'autres styles, comme les profils de visages d'hommes ou de femmes habillées avec des styles locaux. Les oiseaux existent également mais il n'est pas toujours possible de les associer à cette période de l'histoire des Arts.

Les grotesques des églises de l'Eure - Les Essentiels - Connaissance n°113

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