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Mes publications

Ouvrages

POULAIN, F. (sous la dir), Les églises de l'Eure à l'épreuve du temps, Editions des Etoiles du Patrimoine, 2015, 240p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010, 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F.Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F,Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements), Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.),Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise,Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Bulletin des Amis des Monuments et Sites de l'Eure (2012-2014),Rapport sur le mal logement – Fondation Abbé Pierre(2008-2014),Études Foncières(2000-2009),Le Moniteur (2005),Espaces, Tourisme et Loisirs(2005- ),Les Cahiers de la RechercheArchitecturale et Urbaine (2004),Territoires(2004),Le Caravanier, camping-caravaning(2004),Cahiers Espaces (2001-2003),Labyrinthe (2001),Urbanisme(2000) + nombreux articles dans des revues grand public (Libération,Le Monde,Le Point,Le Moniteur,Ouest-France...)

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007) « Camper au XXIesiècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » (2007)Identités en errance.Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.),Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004),« Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale(2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 20:57

et une seconde ! https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-1-page-147.htm

« Le camping aujourd’hui en France entre loisir et précarité », France Poulain, Rapport édité par la Direction départementale de l’équipement et de l’Agriculture de l’Oise, Beauvais, 2009, 172 p.,

La première bonne nouvelle est qu’une Direction départementale de l’équipement et de l’agriculture se soit lancée dans une entreprise d’édition, publiant sous la forme de véritables ouvrages de format poche des travaux sur les territoires et plus particulièrement sur le département de l’Oise. Il ne s’agit pas de monographies localistes, intéressantes certes surtout quant on habite Beauvais, ce qui réduirait le lectorat, mais de vrais travaux de recherches. France Poulain synthétise ici un ensemble de travaux qu’elle a conduit sur les pratiques de camping en France depuis l’apparition des premiers campeurs, partant à pied avec un simple drap ou une vieille tente militaire pour retrouver la nature quelque part dans la forêt de Fontainebleau. Les temps ont bien changé et F. Poulain décrit les évolutions de cette pratique qui prit son essor avec les congés payés et explosa véritablement à partir des années soixante. Elle retrace la diversification des pratiques, la création des campings, la valorisation des camping-cars pour leur côté nomade, ou au contraire celle des mobilhomes pour leur caractère sédentaire. Phénomène moins identifié, elle insiste sur le développement des formes de camping caravaning sur des terrains privés qu’elle estime à 250 000 parcelles utilisées pour le camping, souvent en bord de mer. Des passages passionnants sont consacrés à l’émergence de la fonction sociale des campings. Il arrive en effet, et de plus en plus, que des campings soient utilisés comme une véritable résidence pour des personnes n’ayant plus de logement ou ne pouvant accéder à un logement trop cher pour leurs ressources. A cet usage du camping sur une trajectoire sociale descendante, F. Poulain oppose un usage ascendant, lorsque la séquence camping est un entre-deux à mi-chemin de la rue et d’un logement stable. N’hésitant pas à regarder également du côté des bidonvilles ou des caravanes installées sur des terrains privés dans une démarche de sédentarisation, l’auteure propose un panorama très complet et très novateur d’un phénomène rarement décrit dans sa globalité. Réf. 1558

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 20:54

Je ne boude pas mon plaisir à retranscrire ici une fiche de lecture faite sur l'un de mes ouvrages, c'est toujours agréable de voir que des lecteurs l'ont dévoré! https://sequencite.wordpress.com/2015/10/25/le-camping-aujourdhui-en-france-entre-loisir-et-precarite-dans-les-allees-dun-phenomene-social/#more-538

Richesse : Le camping aujourd’hui en France entre loisir et précarité, France Poulain, Les éditions de la direction départementale de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise, 2009

Le camping est le mode d’hébergement privilégié des Français pendant leurs vacances. Tout le monde le connaît, de façon parfois clichée, mais peu l’étudie. Il fait partie de ces réalités qu’on ne définit jamais, ou rarement. Pourtant, il est un véritable phénomène et révélateur social, bien plus divers qu’il n’y paraît. Il y a les formes de camping qu’on voit et d’autres, invisibles ; il y a les attitudes plurielles de la puissance publique face à l’occupation de l’espace associée au camping ; il y a, encore, ses possibles avenirs. Dans son ouvrage, France Poulain nous guide à travers les allées de ce monde : de celles dédiées au loisir à celles tournées vers la précarité. Dans le contexte d’une société marquée à la fois par l’essor du divertissement et par une paupérisation croissante, le camping est aujourd’hui un miroir à deux faces : les vacanciers d’un côté, les logements de fortune de l’autre.

Un peu d’histoire

Bien que l’après Seconde guerre mondiale marque le début du camping comme pratique de masse, son histoire remonte à il y a plus de 100 ans. Au début du 20ème siècle, il se résume à l’installation, dans la nature, d’un simple drap ou d’une tente par des hommes seuls. Le plus souvent issus de catégories socio-professionnelles supérieures, ils souhaitent quitter la ville quelque temps.

Après la Première guerre mondiale, le scoutisme se développe en France. Des groupes de jeunes se créent, à la tête desquels on trouve parfois d’anciens militaires (qui se disent qu’après le conflit de 14-18, les Français doivent être mieux préparés en cas de nouvelle guerre). Rapidement, ces jeunes garçons souhaitent pouvoir partager les joies du camping avec leurs ami(e)s. Une offre de services pour les campeurs se développe : terrains spécifiques, livres, cartes…

A partir des années 1950, le camping devient un fait social. Des causes : l’urbanisation croissante (le camping est un exutoire à la ville) et le développement des congés payés ; un moyen : l’essor de l’automobile (et donc de la mobilité). Les espaces dédiés au camping se multiplient tout comme les décrets encadrant cette pratique. Les campeurs s’emparent des évolutions techniques et passent de la tente à la caravane puis au mobile home. Les terrains de camping se structurent et deviennent pour certains des petites villes, mieux équipées (piscine, supérette, salle de spectacle…) que leurs véritables voisines.

Le camping ? Les campings !

Le camping-carisme

C’est quoi ? Ce sont les vacances en camping-car. Les premiers apparaissent en France dès les années 10-20 mais il faut attendre les années 80 pour qu’ils se démocratisent et les années 2000 pour parler de déferlante. Aujourd’hui, on en compte plus de 300 000 en circulation, souvent de plus en plus imposants… L’auteur distingue deux types de camping-caristes : le couple de quarantenaires avec enfants et les retraités.

Quels impacts sur l’espace ? Et qu’en dit la puissance publique ? Le camping-car est un moyen de s’approprier un espace mais rarement de façon solitaire. France Poulain évoque l’effet mouton : là où un camping-cariste s’installe, d’autres viennent en se disant que le terrain est bon. A tel point que les linéaires de camping-cars forment parfois des barrières visuelles pour les autres usagers des lieux. Pour respecter le droit au paysage pour tous et assurer un partage de l’espace public, les municipalités ont progressivement réglementé le stationnement des camping-cars sur leur territoire.

Le camping-caravaning sur parcelles privées

C’est quoi ? C’est l’occupation d’une parcelle (louée ou acquise) par un habitat de plein air, en dehors d’un terrain de camping. Environ 25 000 parcelles seraient concernées par « ces caravanes ou mobile-homes dissimulés ». Trois techniques d’implantation sont possibles : l’utilisation (pour du loisir) d’un terrain pendant 3 mois (délai maximum légal), la sédentarisation (en réponse au vieillissement de l’habitat mobile qui n’a plus de mobile que le nom) et la cabanisation (c’est-à-dire la réalisation d’habitat plus ou moins précaire avec des matériaux de récupération). Dans les deux derniers cas, les campeurs viennent ponctuellement ou résident à l’année sur leur parcelle.

Quels impacts sur l’espace ? Et qu’en dit la puissance publique ? Pour France Poulain, cette forme de camping illustre la partie « invisible » de cette pratique sociale de masse. « Comment penser qu’il existe autant de parcelles campées que personne ne voit réellement ? » Selon l’auteur, le camping-caravaning sur parcelles privées est un phénomène à 80% en infraction avec la réglementation. Les relations sont parfois tendues entre les autorités locales et les campeurs qui estiment être dans leur droit d’occuper un terrain qu’ils ont contribué à valoriser et qui dénoncent parfois le changement des règles dans les documents d’urbanisme lors de l’arrivée de nouvelles équipes municipales.

Les terrains de camping version loisir

C’est quoi ? C’est la forme de camping que l’on connaît le mieux, l’image la plus représentative. La France est le premier pays au monde en nombre de terrains de camping (environ 9 500). Ils sont gérés par des communes (de moins en moins), des gérants ou des gestionnaires-propriétaires et sont plus ou moins confortables et équipés. Depuis une dizaine d’années, ils deviennent de véritables petites villes, composées de mobile homes (qui explosent dans les années 1990) avec des services renforcées et un nombre d’étoiles croissant. Ces terrains de camping fonctionnent comme des mondes. Il y a un dedans et un dehors et un règlement intérieur qui permet, selon l’auteur, d’effacer les différences sociales (car tous les campeurs y sont soumis). Ce point est à discuter dans la mesure où les distinctions de plus en plus marquées entre les campings (de 1 à 5 étoiles) conduisent probablement à une homogénéité sociale en leur sein.

Quels impacts sur l’espace ? Et qu’en dit la puissance publique ? Depuis quelques années, les exigences demandées aux gestionnaires des terrains de camping en matières de services et d’impacts environnementaux et paysagers sont plus fortes. En juillet 2009 a été adoptée une loi visant à développer et moderniser les services touristiques. Les critères de classement de l’ensemble des établissements, terrains de camping compris, ont été revus pour une meilleure adaptation aux attentes des clients et aux pratiques internationales.

Les terrains de camping version précarité

C’est quoi ? C’est l’occupation de terrains de camping par des campeurs qui ne sont pas là pour le loisir. Ce phénomène existe depuis la création du camping. Les profils de campeurs sont variés : anciens SDF, salariés précaires, jeunes (étudiants ou en voie de marginalisation), couples dont un seul membre travaille, hommes seuls de plus de 45 ans (qui ont subi un revers après un divorce ou une période de chômage), retraités… On estime leur nombre entre 70 000 et 120 000. La durée moyenne de leur séjour est de 4 ans, soit le temps moyen d’occupation d’un logement en France. Certains restent quelques semaines, d’autres jusqu’à la fin de leur vie. Depuis une quinzaine d’années, les chercheurs comme les médias s’intéressent à ce camping version précarité, entraînant une certaine banalisation du phénomène. Aujourd’hui « le passage en terrain de camping est accepté comme un possible au sein d’une trajectoire résidentielle ».

Quels impacts sur l’espace ? Et qu’en dit la puissance publique ? Dans les années 80, l’Etat interdit le camping pour non-loisir, mais la pratique persiste. Pour France Poulain, la seule solution est de construire massivement des logements accessibles.

Le campement

C’est quoi ? C’est le taquet de l’usage détourné du camping. Dans les années 60 ce sont les bidonvilles de la région parisienne, aujourd’hui c’est l’occupation d’espaces délaissés par des populations en grande difficulté.

Quels impacts sur l’espace ? Et qu’en dit la puissance publique ? France Poulain distingue : le remplissage de délaissés urbains de petite dimension (habitats sous les ponts par exemple), les regroupements importants en périphérie des villes et l’occupation de zones naturelles en lisière urbaine (campements dans les bois). La gestion de ces formes de campement relève de politiques sociales plus que d’actions liées au tourisme et au loisir.

Point(s) de vue

Le camping aujourd’hui en France, entre loisir et précarité est un livre accessible à tous, qui constitue une base idéale pour entrer dans un monde dont la diversité donne envie d’aller plus loin que cette seule lecture. Et ça tombe bien car l’auteur est une spécialiste de la question et qu’elle nous donne quelques conseils bibliographiques attrayants à la fin de son ouvrage : de Martine fait du camping au « Populisme esthétique des mobile homes français – un habitat populaire résistant à la culture savante » (France Poulain, les cahiers de la recherche architecturale et urbaine, n°15-16, juillet 2004) !

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 07:41

Merci à Jean-Didier Urbain pour la dédicace ! 08/05/16

Le tourisme ne vient pas de nulle part. Il a une histoire qui vaut le détour. Le sémiologue Jean-Didier Urbain en est un guide très lu.

Jean-Didier Urbain est un grand voyageur devant l'éternel. C'est d'ailleurs devant l'éternité immobile des cimetières que ses premiers pas de sémiologue l'ont mené. Comment l'ont-ils ensuite porté à l'autre bout du monde ? L'explication tient autant à l'esprit qu'à la lettre.

« Décéder vient du latin decedere qui signifie "s'en aller", souffle-t-il. La société des morts est calquée sur celle des vivants. Ainsi, telle culture accompagne ses morts à leur dernière demeure et telle autre les prépare pour un très long voyage. Chez les vivants, c'est pareil. Il y a ceux qui s'en vont pour s'en aller et ceux qui s'en vont pour trouver un endroit où rester. Gaston Bachelard, dans La Poétique de l'espace, opposait ainsi la topophilie, l'amour d'un lieu, à la cinéphilie, comprise comme le désir de mouvement. Du coup, est-ce que le voyageur ne serait pas celui qui n'a pas encore trouvé un endroit où rester ? »

Bref, le touriste est à la croisée des chemins de ceux qui cherchent l'endroit où faire de vieux os et de ceux qui ne tiennent pas en place : « Tourisme, étymologiquement, renvoie à tour, donc au circuit, à la circulation. On peut ainsi opposer le touriste au villégiateur, terme suranné aujourd'hui. La villégiature est un transfert de sédentarité. On se déplace pour ne plus bouger. Le touriste est un itinérant perpétuel et le villégiateur, un itinérant intermittent. La moitié des emplacements de camping sont loués à l'année. L'architecte et urbaniste France Poulain parle d'immobile-home. Dans Paradis verts, j'ai étudié cette fidélisation à un lieu de vacances. La sédentarisation est d'abord secondaire, c'est-à-dire associée temporairement à un habitat en alternatif, puis elle devient éventuellement primaire en devenant permanente, habitat principal. »

1936 ? Les congés payés ? Les photos d'exode estival ne résistent pas à l'épreuve des faits : « Pouvoir partir n'était pas la revendication principale des ouvriers. Partir pour le plaisir n'était pas dans leurs habitudes de loisir, pas plus que les musées ou l'opéra. L'Expo universelle a un peu amélioré les choses l'année suivante. Dans l'immédiat après-guerre, les ouvriers ne partirent guère plus, il faut attendre les années 1950. Pêche, pétanque ou bistrot, les congés payés augmentèrent surtout leurs loisirs habituels. C'est pareil avec les 35 heures, les ouvriers et, plus largement, les classes populaires consacrent plus de temps à faire ce qu'ils faisaient déjà. Seuls les cadres ont demandé à pouvoir capitaliser ce temps libre pour, le cas échéant, partir. »

Quelques cols bleus allaient bien cependant se mettre au vert : « Mais la mobilité chez les ouvriers était d'abord liée à l'exode rural, loin de la maison familiale bien souvent. Pour qu'on y retourne lors des congés, il fallait qu'elle fût proche. La même logique menait au bord de mer. Deauville était accessible par le train pour les Franciliens et Palavas, par le tram pour les Montpelliérains. »

La voie était tracée pour le tourisme de masse. « Il y a d'abord eu un tourisme populaire, corrige Jean-Didier Urbain. Celui-ci s'est développé au début des années 1950 avec la Méditerranée et le soleil pour horizon. Une inversion s'est opérée dans l'entre-deux-guerres. Jusque-là, la Méditerranée était une mer supplétive pour la grande bourgeoisie qui y venait l'hiver et lui préférait l'Atlantique l'été. La première était la mer du passé, le second, la mer du futur, disait Fernand Braudel. À la Méditerranée étaient assignées trois fonctions : archéologique, sanitaire et… sexuelle puisqu'associée à une prostitution "exotique". Le culte du corps s'est manifesté à travers le naturisme, pratique d'une élite, puis le bronzage, qui fut longtemps considéré comme un stigmate populaire. L'un et l'autre ont ensuite gagné toutes les couches sociales. »

« Le tourisme de masse, poursuit le sémiologue, est concomitant de l'industrialisation, des moyens de transport aux structures d'accueil comme avec, à la fin des années 1970, l'aménagement du Languedoc. Il renvoie à la globalisation en niant la diversité des pratiques, voire des cultures. Bref, les vacances sont devenues un marché lucratif qui a explosé entre la fin 1970 et le début 1980. À partir de 1975, la moitié des Français part en vacances. Aujourd'hui, ce sont les deux tiers. Dans le tiers restant, ceux qui ne peuvent pas partir (chômage, etc.) côtoient ceux qui ne veulent pas partir (âge avancé, habitants des zones touristiques, etc.) et ceux qui partent tous les deux, trois ou quatre ans pour un beau et lointain voyage. Car s'ils sont moins exotropes, moins attirés par l'extérieur, que les Allemands ou les Anglais, les Français, quand ils partent à l'étranger, optent volontiers pour des destinations plus lointaines et sont moins enclins à un tourisme affinitaire, dicté par la certitude de se retrouver entre compatriotes. »

Le tourisme rejoint alors l'aventure, à l'origine d'un commerce paradoxal : « Cet imprévu prévu réside dans la découverte programmée de l'inattendu dans la destination ou le moyen de l'atteindre, laquelle "aventure" peut être gâchée par l'imprévu pas prévu, l'accident ! Entre terres peu fréquentées et treks, le tourisme d'aventure est un petit monde qu'on peut appréhender, comme le tourisme de masse, avec les catégories de la criminologie. Quand le voyage d'aventure s'enorgueillit de victimes comblées, qui s'exposent au risque dans un cadre sécurisé, il est des voyages plus classiques, plus grégaires, qui déplorent des victimes malheureuses. Par leurs différences et malgré elles, celles-ci, engoncées dans leurs habitudes, se désignent à l'autre comme des proies potentielles. »

La réalité fait alors brutalement irruption dans le décor… n

Jérôme Pilleyre
jerome.pilleyre@centrefrance.com

Le tourisme a changé d’ère - Le Berry.fr
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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 17:10

Article faite suite à une interview pour le démocrate vernonnais

Arrivée en 2011 dans le département de l'Eure, France Poulain dépoussière sa fonction d'architecte des bâtiments de France. Elle a une idée précise de sa mission de préservation du patrimoine et un franc-parler inégalé dans l'administration. Interview.

11/05/2016 à 15:21 par Lucile Akrich 17 PartagesEm

« Vernon, ça change, c'est évident »

France Poulain, architecte des bâtiments de France, dans son bureau de la Préfecture d'Evreux. « Mon vrai bureau, c'est ma voiture. Je passe trois jours sur cinq sur les routes de l'Eure, sur le terrain. » -

Vernon vient de refaire un Plan local d’urbanisme alors que le précédent venait juste d’être achevé. Était-ce utile selon vous ?

Faire un PLU, c’est toujours utile. Quand Sébastien Lecornu a voulu relancer un PLU, il est venu me voir. J’ai fait une note d’enjeu qui a été suivie. Je fais cela pour beaucoup de ville, après, les élus en font ce qu’ils en veulent ! Ce que je constate, c’est que Vernon qui n’était pas une ville tournée vers son patrimoine l’est beaucoup plus aujourd’hui. Vernon, ça change, c’est évident.

Le nouveau document simplifie les choses. Ce qu’il faut voir, c’est qu’à chaque fois qu’un logement se construit, c’est 5 000 euros de taxes qui rentrent. Un document d’urbanisme ne coûte pas si cher que cela au regard de l’argent public récupéré.

Comment peut-on mettre en valeur le patrimoine dans une ville d’histoire comme Vernon ?

Ce qui est important, c’est de rendre lisible les différentes époques de la ville. La ville de Pont-Audemer est un exemple. Les élus ont très bien su faire cela : un centre-ville hyper préservé, avec des pavés, une vraie cassure visuelle. Et une ceinture de bâtiments contemporains tout autour de la ville. Il faut que le touriste sente quand il rentre dans une zone, qu’il pénètre dans un centre historique. Il ne faut pas essayer de faire une ville homogène, mais travailler au contraire sur les différences de bâti et d’époque. La ville est un puzzle et ce qui est intéressant, c’est de comprendre ce que l’on voit. À Vernon, les grands boulevards ne sont pas là par hasard : ce sont les anciennes douves, les zones de défense.

Vous venez de ficeler un périmètre de protection modifié à Vernon. Qu’est-ce que cela veut dire et pourquoi avoir fait ça ?

On s’est rendu compte, en faisant le nouveau PLU, que le périmètre de protection architecturale n’était plus vraiment adapté. Je suis donc allée sur le terrain, me poster à des points de bâtis remarquables, comme le château de Bizy, la Collégiale, le Manoir du Grévarin, et j’ai déterminé un périmètre en fonction de la visibilité que l’on a. C’est incroyable tout ce que l’on peut voir depuis le château. J’ai donc affiné le périmètre de protection de 500 mètres initial.

Les gens considèrent souvent l’architecte des bâtiments de France comme le grand méchant loup qui contraint les particuliers…

Oui. Mais c’est faux ! Le patrimoine de la France, c’est l’industrie touristique de demain. Il faut donc le préserver et ne pas se tromper. Moi, j’amène de la contrainte, mais de manière raisonnable. Je sais bien que je ne peux pas demander des matériaux hors de prix et inaccessibles aux gens. Je suis très vigilante à trouver un équilibre entre la protection du paysage et ce que les particuliers peuvent raisonnablement faire. Je suis surtout attentive aux couleurs. C’est aussi pour cela que je fais beaucoup de pédagogie. Au final, sur 4 000 dossiers traités par an, il y a très peu d’avis défavorables.

Quel est l’enjeu, selon vous, de Vernon et plus largement du département de l’Eure dans les années qui viennent ?

Je pense que les habitants de l’Eure s’identifient bien comme des Normands. En revanche, les gens de Vernon se sentent-ils appartenir à la Vallée de Seine ? Pas forcément. Et pour cause, 50 % des berges de la Seine ne sont pas accessibles. L’attachement à une identité en berge de Seine, c’est un excellent moyen de valoriser le patrimoine qui la longe. C’est de l’économie, des emplois.

Renseignements sur la protection du patrimoine de l’Eure : www.eure.gouv.fr /services/culture/Unité départementale du patrimoine de l’Eure Bâtiments de France (fiches de doctrine, liste des protections patrimoniales dans le département, cartographie interactive)

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