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Mes publications

Ouvrages

POULAIN, F. (sous la dir), Les églises de l'Eure à l'épreuve du temps, Editions des Etoiles du Patrimoine, 2015, 240p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010, 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F.Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F,Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements), Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.),Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise,Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Bulletin des Amis des Monuments et Sites de l'Eure (2012-2014),Rapport sur le mal logement – Fondation Abbé Pierre(2008-2014),Études Foncières(2000-2009),Le Moniteur (2005),Espaces, Tourisme et Loisirs(2005- ),Les Cahiers de la RechercheArchitecturale et Urbaine (2004),Territoires(2004),Le Caravanier, camping-caravaning(2004),Cahiers Espaces (2001-2003),Labyrinthe (2001),Urbanisme(2000) + nombreux articles dans des revues grand public (Libération,Le Monde,Le Point,Le Moniteur,Ouest-France...)

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007) « Camper au XXIesiècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » (2007)Identités en errance.Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.),Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004),« Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale(2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 19:33

Et voici le premier ouvrage auquel j'ai collaboré. Pour le CRéCET et avec Fabienne Cosset, nous avons travaillé une année sur les cabanes en Normandie. Un boulot passionnant car nous sommes allées à la rencontre de toutes ces familles qui avaient construit ou récupéré des cabanes plutôt du début du siècle sur les côtes de normandie. Et c'était à la fois identique à une étude sur le camping, d'ailleurs il y avait des caravanes mais aussi différent car chaque cabane était différente.

Petite maison, baraque, cabine, cabane, cabanon, chalet, bungalow,... Les mots foisonnent pour désigner une forme atypique de résidence secondaire présente sur une grande partie du littoral français. Certains sites, densément "cabanisés", sont plus particulièrement connus : au Cap-Ferret, à Pénestin sur la façade atlantique, ou encore à Leucate, istres, Beauduc, Saint-Jean-Cap-Ferrat sur les côtes de Méditerrannée... Saisonnier dans son utilisation, précaire par ses modes de construction, à la frontière entre le permis et l'interdit, le rural et le maritime, le domaine public et le privé, cet habitat trangsresse diverses normes, règles et habitudes. La figure mythique de Robinson Crusoé plane sur ces lieux, à travers la quête d'un certain isolement dans un site en comunion avec la nature et comme "coupé du monde". Pour autant, ces villégiatures constituent aussi des espaces de prédilection pour la famille et le support d'une convivialité, parfois idéalisée mais aussi bien réelle, autour de parties de pêche, d'apéritifs entre voisins et bien sûr de l'incontournable barbecue ! Ce mode de villégiature avait jusqu'à présent été peu étudié en Basse-Normandie. Pour explorer le sujet, trois sites localisés à la Pointe du Siège (Ouistreham), Saint-Côme-de-Fresné, dans le département du Calvados et à Ravenoville dans le département de la Manche, ont été choisis en fonction de leur période d'édification, de leur densité relative, de leurs évolutions respectives. Ces exemples montrent que l'époque pionnière - où tout ou presque était permis - est désormais révolue. "L'esprit cabanon" serait-il voué à disparaître avec la destruction ou au contraire avec l'intégration de cet habitat ? Ou encore prendrait-il d'autres formes avec la personnalisation des caravanes et autres mobile homes sédentarisés ?

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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 08:50

 Second ouvrage dans cette présentation, l'Esprit du camping est LE livre de référence sur l'histoire du camping en France tant le texte et l'iconographie sont riches. Plus de 600 photos d'objets de collection (publicités, plaques émaillés, fanions, pin's, mais aussi et tout aussi rare dessins ou peintures originales, affiches...) accompagnées d'un texte portant sur le camping dans toute sa dimension. N'hésitez pas à vous le procurer.

La France est le pays du camping. C’est en France que l’on compte le plus de terrains de camping dans le monde, à raison d’un terrain pour trois villes ou villages environ. Et le nombre s’accroît tous les jours. C’est aussi en France qu’il y a le plus de campeurs qui pratiquent toutes les formes de camping. Nous sommes ainsi plus de dix millions à avoir ce plaisir à portée de main. Camping traditionnel en tente comme les intellectuels sportifs du début du XXe siècle, camping confortable avec la caravane, camping résidentiel en mobile home qui constitue désormais le Ier mode d’hébergement de vacances  ou itinérant avec le camping-car, toutes ces variantes forment la grande famille du camping. Ces différents habitats permettent aux campeurs, amoureux de la nature et d’activités de plein air, de s’épanouir, de nettoyer leur corps et de libérer leur esprit des tensions accumulées au cours de l’année. Faire du camping, quelles qu’en soient ses modalités ou sa durée,  c’est se régénérer que l’on soit très jeune, jeune ou encore jeune, très sportif ou plus attiré par la contemplation. Pratiquer le camping un peu, beaucoup, énormément, voire passionnément, c’est aussi avoir l’esprit du camping fait de chaleur, de simplicité, de fraternité et d’échanges entre les campeurs. C’est aussi  savoir observer, comprendre ce et ceux qui nous entourent et savoir transmettre aux plus jeunes des valeurs que nous allons retrouver tout au long du XX e siècle et qui sont profondément inscrites dans notre histoire collective si riche.   C’est enfin un style de vie étonnant de modernité, que certains croient dépassé car ils méconnaissent les évolutions et les mutations permanentes de ce mode de vie. Comment se manifeste concrètement l’inventivité des campeurs fondée sur un nomadisme caractérisant notre début du XXI e siècle ? Pourquoi ont-ils été de tels innovateurs ? Et plus largement, quelles sont les raisons qui poussent plusieurs millions de personnes chaque année en France à faire du camping ?  C’est à ces questions que répond « l’Esprit du camping », écrites par deux pratiquantes passionnées de camping qui ont réuni, depuis plusieurs années, une collection exceptionnelle d’objets et de livres dédiés au camping.

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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 17:41

A partir de 1939, les pouvoirs législatifs cherchent les moyens de réglementer la pratique du camping mais il faut attendre 1959 pour que le premier décret soit applicable.

Dans la première moitié du 20ème siècle, les législateurs ne sont pas préoccupés d’une pratique de loisirs en développement mais qui ne compte que quelques dizaines de milliers de pratiquants. Les campeurs sont bien élevés, ne troublent pas l’ordre public et sont encadrés par diverses organisations qui édictaient leurs propres règles. Les responsables associatifs du Touring-Club de France ou du Moto-Camping Club de France pensent qu’il faut que les campeurs soient irréprochables pour qu’ils puissent continuer à faire de la randonnée, du cyclisme ou du kayak là où ils le désirent. Les textes insistent fréquemment sur la bonne tenue des campeurs, surtout lorsqu’ils se rendent dans les bourgs ruraux afin de ne pas choquer la population en place, et aussi sur l’importance de la propriété privée. Il est nécessaire de demander l’autorisation de camper au propriétaire ou à la personne qui en a la jouissance. Tous les auteurs sont d’accord pour dire que lorsque les campeurs arrivent dans des espaces désertiques ou tard le soir, il n’est pas forcément utile de rechercher le propriétaire qui peut habiter à plusieurs kilomètres. 

En 1918, Ch. et H. Bonnamaux expliquent qu’il « est de principe qu’on ne peut s’installer pour camper sur un terrain quelconque sans l’autorisation du propriétaire. Or en France, aucune parcelle du sol n’est sans maître. Il en résulte que le campeur devra toujours être muni d’une autorisation pour planter sa tente »[1]. Ils semblent faire preuve d’une rigueur toute militaire mais poursuivent en expliquant que cette règle peut être suspendue dans certaines circonstances. « En fait, cette rigoureuse obligation subit de larges atténuations lorsqu’il s’agit de campements en montagne, sur des grèves, dans des endroits déserts ou éloignés de tous centres d’habitation »[2]. Ils incitent également les campeurs à connaître la loi du 16 juillet 1912 qui impose aux nomades et aux individus exerçant des professions ambulantes de disposer d’un carnet anthropométrique[3], d’un carnet collectif pour les familles et de plaques spéciales pour les voitures ; car « il peut arriver [que les campeurs] se trouvent en présence d’agents de l’autorité peu aptes à faire la différence entre un voyageur pédestre et un chemineau, ou entre une roulotte de tourisme et une voiture de romanichel »[4]. Au début des années 1920, les campeurs sont si peu nombreux et la pratique si peu connue, que les campeurs doivent faire attention à ne pas être assimilés à des romanichels. 

En 1934, J. Loiseau rappelle que la terre a nécessairement un propriétaire en écrivant : « Tout terrain appartient à un propriétaire particulier, à une communauté ou à l’Etat ; il est de toute évidence qu’une autorisation verbale ou écrite doit être obtenue pour séjourner à cet endroit. [Sans autorisation], le campeur est légalement en défaut, c’est à lui de juger s’il est sur un terrain où son installation ne cause aucun préjudice et, à son départ, il supprimera toute trace de son passage »[5]. Ce texte est intéressant car il présente la nouveauté d’indiquer aux campeurs qui seront en infraction s’ils ne demandent pas l’autorisation de camper mais qu’ils peuvent quand même le faire. Les campeurs sont avertis et certains choisiront de s’installer dans les terrains aménagés mis en place par les diverses organisations de camping comme le Touring Club de France, les Campeurs de France ou l’Auto-Camping Club de France. 

En 1936, les lois votées par le Front Populaire sur les quarante heures et sur les congés payés fournissent l’élan nécessaire dont ont besoin les organisations de camping pour se développer. Les personnes qui accèdent aux loisirs sont rapidement encadrées par les différents clubs soutenus par L. Lagrange, Sous-secrétaire d’Etat aux Sports et aux Loisirs qui considère le camping comme une pratique sportive de plein air adaptée pour les loisirs de masse. En 1936, le Touring-Club de France crée une licence « responsabilité civile »[6] qui permet à ses possesseurs d’obtenir l’autorisation, de la part de l’administration des Eaux et Forêts, d’aller camper en tente dans certaines forêts domaniales. 

Cette augmentation sensible du nombre de campeurs est constatée par tous les observateurs du camping. En 1937, L. Baudry de Saunier expose dans son ouvrage Le camping pratique pour tous que le nombre de campeurs est de 200.000 et qu’il peut atteindre 500.000 dans les années qui suivent. Les campeurs sont de plus en plus nombreux sur les bords de mer, surtout dans le Sud de la France. Face à la croissance des campeurs sous tente, il considère qu’il s’agit d’une véritable armée et que « comme à toute armée, il faut à celle des campeurs une discipline, et une discipline sévère. Faute de discipline une armée n’est qu’une énorme horde où les éléments sains sont noyés »[7]. Il est inquiet car les débordements des campeurs sauvages peuvent nuire et réduire les libertés octroyées au camping. A la même période paraît le premier texte préfigurant le camping-caravaning sur parcelles privées. En 1937, A. Marcou écrit un ouvrage pour promouvoir l’une de ses inventions, la maison pliante, grande tente fixe composée d’une structure bois. A. Marcou s’interroge sur les lieux disponibles pour accueillir sa maison pliante et explique qu’il « n’est pas onéreux de louer à la campagne ou à la mer, la petite portion de terrain nécessaire pour élever notre construction. Il n’est pas impossible d’avoir aux environs des villes un jardin où l’on viendrait passer le congé de fin de semaine et où l’on irait planter son habitation »[8] Avant 1939, la pratique du camping ne fut pas réglementée nationalement par un arrêté type. Les préfets de plusieurs départements dont le Var prennent des arrêtés d’interdiction visant à réduire la présence des campeurs dans les espaces de bord de mer. Les premiers arrêtés datent du 7 juillet 1937 avec celui signé par le Préfet du Var qui indique que « les campeurs doivent donner l’exemple de la bonne tenue et de la décence, ainsi que du respect de la propriété publique et de la tranquillité publique »[9]. Les pouvoirs publics reprochent à ces estivants-campeurs de ne pas être suffisamment habillés et surtout d’implanter leurs tentes aux endroits qui leur conviennent, mais qui ne sont pas forcement des endroits où leur présence est désirée. Ils s’installent sur les bords de plage et sur les terrains non construits situés près des plages. Au fur et à mesure des arrivées, la zone d’implantation des tentes augmente vers l’intérieur des terres et des problèmes de sécurité et de salubrité publique se posent. Sur une période de vingt ans, il n’y eut qu’un décret, celui du 25 avril 1939, pour indiquer la volonté des pouvoirs publics de contrôler les installations des campeurs et d’imposer des normes d’hygiène pour les terrains aménagés. Une telle discrétion réglementaire provient de multiples tentatives avortées pour l’année 1939 par l’arrivée de la seconde guerre mondiale, mais également parce que les dirigeants des organisations nationales n’étaient guère pressés de participer à l’encadrement, fusse-t-il justifié, d’une pratique permettant la liberté de mouvement. Il sera particulièrement intéressant d’analyser les échecs de la réglementation touchant le camping car il montre la nécessité d’un contrôle de cette pratique et les freins politiques qui ont entraîné des retards considérables.  

En février 1939, L. Gaché, premier secrétaire général de l’Assemblée Générale de l’Union Française des Associations de Camping, rapporte qu’il ne préfère rien tant que d’arriver tard le soir dans un espace agréable et de pouvoir s’y installer en toute liberté, mais il sait que cette époque est révolue. Il déclare que « malheureusement, les temps sont changés ! Le campeur, que le propriétaire de terrain voyait auparavant avec une curiosité bienveillante, lui apparaît maintenant comme une catégorie d’êtres humains de plus en plus envahissante, contre laquelle il a tendance, de plus en plus, à se prémunir »[10]. Cette modification de comportement des propriétaires provient surtout de ceux qui possèdent des terrains situés sur les parcours favoris des campeurs. Les clubs de camping disposent d’un fichier où sont recensés les meilleurs « coins » de randonnées et de séjour en France. Il leur est ainsi possible d’organiser et de planifier leur voyage à l’avance, ce qui conduit certains propriétaires à être en permanence en train d’héberger des campeurs sur leur terrain. L. Gaché s’insurge contre la position attentiste des organisations qui laissent se développer les arrêtés d’interdiction ou de réglementations de toutes sortes sur les communes et les départements français. Il constate qu’un encadrement réglementaire est devenu nécessaire autant pour contrôler les campeurs que les pouvoirs publics et s’interroge : « dans le fond, est-il tellement agréable de vivre toujours en dehors de toutes lois et de craindre, ne connaissant ni ses devoirs, ni ses droits, que l’on vienne à tout moment vous obliger à décamper »[11]. L. Gaché espère notamment que l’Union Française des Associations de Camping soit consultée pour la mise en œuvre d’une réglementation nationale qui soit plutôt en faveur des campeurs. 

Le 25 avril 1939, le premier texte national est créé sous la forme d’une circulaire et d’un arrêté de type préfectoral accompagné par une réglementation type pour les terrains de camping à l’attention des maires signée de J. Zay, Ministre de l’Education Nationale. Les maires doivent appliquer cette circulaire en fonction des particularités locales. Cet arrêté sera principalement utilisé dans les départements littoraux qui souhaitent restreindre les libertés des campeurs qui séjournent chaque été sur les côtes. 

En juin 1939, un Code du Camping est mis à l’étude. Dans sa préface, L. Montange remarque l’intervention de l’avocat Me M. Petit qui écrit que : « le camping ayant pris en France un grand développement, il est apparu nécessaire au gouvernement d’établir une réglementation spéciale pour que ce mode de tourisme puisse s’étendre normalement. Le camping est en effet, parmi les sports de plein air, un des plus efficaces et des plus économiques pour donner à l’individu une santé robuste et un juste équilibre physique et moral »[12]. Le début de la seconde guerre mondiale a mis un terme à ce projet.  

La pratique du camping n’est pas interdite pendant la guerre parce qu’elle était considérée comme une pratique sportive qui structurait la jeunesse par les autorités d’avant-guerre. En juillet 1941, le Commissariat Général aux Sports[13] rend obligatoire la licence pour tout campeur. Cela a pour principale raison de contrôler les personnes qui ont comme loisir de parcourir des territoires à une période où les déplacements sont contrôlés. 

Après la fin de la guerre, la Fédération Française de Camping reprend le plein contrôle de ses activités et ses membres se remettent au travail pour faire aboutir des textes réglementaires afin d’harmoniser la pratique et surtout les pratiques municipales. En 1949, un projet de réglementation nationale est proposé par le Gouvernement mais n’aboutit pas. A. Poupard écrit que « ce projet rencontra de telles difficultés (sept ministères étaient concernés) qu’il fut abandonné et que les seules mesures prises en 1950 furent la création de commissions départementales et d’une commission nationale du camping, ainsi que la publication d’une circulaire rappelant les dispositions réglementaires d’ordre général susceptibles d’être appliquées au camping. »[14]. La presse contribue à faire connaître ces nouveaux textes de lois. Le début des années 1950 marque un tournant pour les campeurs qui privilégient dorénavant le loisirs au sport. C’est aussi celui de l’augmentation notable du nombre de pratiquants. Les littoraux sont les espaces les plus appréciés mais les citadins apprécient également de pouvoir laisser leur installation soit dans des terrains de camping de week-end situé non loin de leur résidence principale, soit sur des petites parcelles privées. Pour ce dernier cas, il n’existe aucune réglementation puisque les arrêtés pris sur les côtes ne s’attachent pas aux parcelles privées. 

Le projet avorté de 1949 est remis en chantier au cours des années 1950 car les pouvoirs publics et principalement les dirigeants des organismes nationaux espèrent toujours voir aboutir une réglementation nationale pour le camping. Les dirigeants restent globalement ceux des années d’avant-guerre. Ils ont suivi les multiples tentatives de faire aboutir à un texte global, tant en 1939 qu’en 1949, ainsi que lors des deux projets de lois déposés le 14 juin 1956 et le 25 juillet 1957. Ils ont acquis de l’expérience législative et ont surtout atteint un nombre suffisant de pratiquants pour faire entendre leur voix.

En 1957, il est possible de lire dans l’ouvrage Le camping de J.L. Ballereau qu’il « n’existe pas actuellement en France de loi portant réglementation générale du camping. Ceci ne veut pas dire que les pouvoirs publics ne se soient pas déjà préoccupés de la question. (…) Mais la réglementation présente n’est que fragmentaire, puisqu’elle est incluse dans un ensemble d’arrêtés préfectoraux et municipaux, et ce n’est que lorsque le projet de loi en préparation aura été voté par le Parlement que l’on sera en présence d’un tout cohérent dont la mise au point aura d’ailleurs été laborieuse »[15]. Dans cet ouvrage à destination du public, J.L. Ballereau informe les campeurs des évolutions et rappelle que jusqu’à ce que le futur texte soit voté, la situation « est régie par l’article 387 d’une documentation établie par le ministère de l’Intérieur à l’usage des maires de France en vue de faciliter l’exercice de leurs fonctions, ledit article ayant trait à la « Police du camping ». »[16]. Cet article commence par une définition du camping et rappelle ensuite la circulaire ministérielle adressée le 25 avril 1939 aux préfets pour leur fournir un modèle d’arrêté leur permettant en cas de besoin de réglementer la pratique du camping-caravaning dans leur département. Le passage le plus intéressant de cet ouvrage est celui où J.L. Ballereau écrit que « les milieux officiels qui ont concouru à la préparation dudit projet ont dû, après de multiples et fort louables tentatives, se reconnaître dans l’impossibilité de définir le camping de façon satisfaisante. Ils se sont donc bornés à déclarer que le camping doit être considéré comme une activité d’intérêt général, pouvant être pratiquée librement sous réserve de certaines limitations dictées par les soucis de maintien de l’ordre, de la protection de la salubrité ou de la sécurité publiques »[17]. Il est possible que les « milieux officiels » n’aient pas réussi à se mettre d’accord sur une seule définition ou qu’ils aient souhaité ne pas contraindre la pratique dans une définition nécessairement restrictive.
A. Poupard pense que jusqu’en 1959, « le législateur ne s’était pas particulièrement penché sur les problèmes du camping. L’absence de texte précis facilita jusqu’alors une certaine liberté pour les campeurs de se livrer à leur activité favorite, bien qu’ils fussent souvent assimilés aux nomades »
[18].


 

 

[1] BONNAMAUX, H. et Ch., Manuel pratique de camping, TCF, [1918], p.173

[2] op. cit. (BONNAMAUX, 1918), p.173

[3] C’est un carnet regroupant les mesures et des données caractéristiques de chaque individu. 

[4] op. cit. (BONNAMAUX, 1918), p.176

[5] LOISEAU, J., Camping et voyage à pied, éd revue « Camping », [1932], p.114

[6] BALLEREAU, J.L., Le camping, Flammarion, 1957, p.189

[7] BAUDRY DE SAUNIER, L., Le camping pratique pour tous, Flammarion, 1937, p.40

[8] MARCOU, A., Une maison pliante pour 500 francs, éd revue « Camping » [1942], p.92

[9] MONTANGE, L., Le camping, Que sais-je ?, Puf, 1967, p.33

[10] op. cit. (MONTANGE, 1967), p.33 

[11] op. cit. (MONTANGE, 1967), p.34

[12] PETIT, M. Extrait de la préface au Code du Camping, juin 1939 in MONTANGE, L., Le camping, Que sais-je ?, Puf, 1967, p.34

[13] HUREAU, J., Plein air et camping, manuel pratique, éd revue « Camping », [1942], p.27

[14] POUPARD, A., « Caravaning et aménagement », Etudes Foncières n°46,  mars 1990, p.21

[15] op. cit. (BALLEREAU, 1957), p.178 

[16] op. cit. (BALLEREAU, 1957), p.178 

[17] op. cit. (BALLEREAU, 1957), p.179

[18] POUPARD, A., Camping et caravanning d’aujourd’hui, ed Bornemann, 1968, p.7.

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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 17:52

Voici un extrait de l'article de M.LEBAS paru dans Le Figaro du 22 mai 2006 (http://crea-deco.superforum.fr/sutra20.htm)

Qu'elles soient en bois, en pierre ou en toile, posées en bord de mer ou perchées au fond du jardin, les cabanes font rêver petits et grands.

Il s'appelait «mon château sur la Côte d'Azur» et y passait tous ses mois d'août. C'était un cabanon de 3,66 m sur 3,66 m, une petite baraque en bois à la décoration spartiate, et le célèbre architecte Le Corbusier l'a vénéré. Aujourd'hui, des touristes du monde entier viennent admirer «cette machine à habiter», cachée en haut des falaises qui surplombent la mer de Roquebrune-Cap-Martin (1).

Lit une place, table en noyer, placards intégrés, lavabo et toilettes, Le Corbusier y a aménagé son minimum vital. Celui qui pouvait se construire les plus belles maisons du monde préférait se terrer dans ces 16 mètres carrés. Y cherchait-il la communion avec les éléments ? Le retour aux sources, ou un refuge loin des regards indiscrets ? Sans doute un peu tout à la fois. Et il n'est pas le seul dans ce cas. «Il existe des millions de cabanes en France, 90% d'entre elles sont illégales, mais elles sont tolérées à défaut d'être autorisées, assure France Poulain (2), architecte, urbaniste et chercheuse au CNRS. L'avènement de la société du loisir a favorisé ce phénomène. A côté de leur résidence principale liée au travail, les Français ont besoin d'un endroit pour se détendre.» Ils improvisent donc des huttes dans des endroits discrets, au bord d'un lac, à l'orée d'un bois ou le long d'une rivière. «Cet abri, ils se l'approprient, l'investissent et le décorent plus que leur lieu de vie, ajoute France Poulain. Ils y reproduisent même leur vision du monde.» Les uns l'imaginent ordonné, d'autres au contraire ont besoin d'y aménager des espaces de liberté.

Pour l'anthropologue Jean-Didier Urbain (3), ce phénomène ne tient pas du hasard. «Dans un contexte de crises permanentes, la tendance au repli s'accentue. Chacun cherche à s'offrir un îlot de paix, un coin de paradis pour échapper à l'agitation et au stress du quotidien.» Paradoxalement, ce besoin se manifeste dans tous les milieux sociaux.

Les cahutes, lieux secrets et rassurants en phase avec la nature, ravivent en effet chez tous des souvenirs d'enfance. Petits, Sylvain et ses cousins passaient leur été à fabriquer des «cachettes en forêt», avec trois cartons et quelques branchages. Alexandre, lui, abritait ses amours de jeunesse dans une tanière de fortune. Quant à Anne, mère d'une famille nombreuse, elle fait sa sieste dans un «nid» en pin, offert par son mari.

Car pour retrouver ce repaire de l'enfance, certains sont prêts à mettre le prix. Dans notre société consumériste, le vrai luxe consiste à se déconnecter, à vivre en osmose avec les éléments, à retrouver le goût de l'essentiel. «Hier, on voulait une villa avec piscine, aujourd'hui on fantasme sur un cabanon face à la mer», confirme cette trentenaire. La preuve : le prix de vente de ces maisonnettes avec vue ne cesse de grimper.

Sensation de liberté

Les hôtels (cf encadré) et campings l'ont bien senti. Dopé par son succès, le village Kon Tiki (4), situé sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, a doublé le nombre de ses mobile-homes, réaménagés en «tikis polynésiens». Bambou tressé et chaume couvrent les façades en plastique et les toits en tôle. Résultat, les 97 tikis posés à même le sable (de 21 à 29 m2, ils peuvent accueillir jusqu'à six personnes), se fondent dans le paysage et se louent de 80 à 240 € la nuit...

Ceux qui préfèrent réaliser leur rêve à domicile ont également l'embarras du choix. Jeanne Bayol (5) s'est lancée dans la restauration, fabrication et vente de roulottes qu'elle peint et décore. «Elles font partie de notre imaginaire, explique-t-elle. Elles ouvrent des fenêtres sur de nouveaux horizons, invitent à un voyage immobile.»

Dans un autre registre, Alain Laurens, ex-président d'une grande agence de publicité, a lancé en 2000 la société Cabane perchée, en hommage au «Baron perché» d'Italo Calvino (6). Le principe : construire des cabanes dans les arbres sans planter de clous ni couper de branches. Le photographe Yann Arthus-Bertrand est un des premiers à avoir fait appel à ses services : «Vivre là-haut, c'est posséder ce coin secret que l'on cherche toujours et qui, pour un temps, vous met à l'abri de tout et de tous. J'imagine que ce sentiment tient à l'exiguïté du lieu, qui impose de choisir les objets et les livres auxquels on est le plus attaché. Dans ce refuge, je vais chercher sérénité et inspiration. J'y éprouve une sensation de liberté et de solitude bienfaisante.» Comme il est de plus en plus difficile de s'isoler sur terre, les cabanes dans le ciel ou improvisées sur des terrains préservés devraient continuer longtemps à nous faire rêver.

(1) Office de tourisme : 04.93.35.62.87 (2) «Ma cabane en Normandie - Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer», de France Poulain et F. Cosset, Centre régional de culture ethnologique et technique de Basse-Normandie. Et «Le Guide du camping-caravaning sur parcelles privées», de France Poulain, Ed. Cheminements. (3) «Paradis verts, désirs de campagne et passions résidentielles», de Jean-Didier Urbain, Ed. Payot. (4) Camping Kon Tiki, 04.94.55.96.96, www.tiki-hutte.com. (5) «Les roulottes, une invitation au voyage», de Jeanne Bayol, photographies de Bruno Suet, Ed. Aubanel. (6) «Vivons perchés, 50 créations originales de la cabane perchée», d'Alain Laurens, Daniel Dufour et Ghislain André, photographies de Vincent Thfoin, Ed. de La Martinière. Et aussi : Cabanes de Sonya Faure, Ed. Flammarion.

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 17:44
POINT DE VUE France Poulain, architecte et urbaniste de l'Etat Maîtriser le camping sur parcelles privées
MAG | Horizons - N° 5320 du 11/11/2005 - 768 mots. (extrait)

Outre les opérations d'aménagement conduisant à une progression de l'urbanisation sur le territoire français, on assiste depuis une quarantaine d'années à la lente sédimentation d'une nouvelle pratique d'occupation des sols : le camping-caravaning sur parcelles privées. Issue de l'implantation de caravanes, de mobile homes et de cabanons sur des parcelles privées en dehors de toute forme organisée, cette pratique est de plus en plus à prendre en compte lors de la gestion et de la maîtrise des territoires, notamment de par son caractère fortement infractionnel. En effet, comment peut-on gérer plus de 230 000 parcelles à 70 % en infraction, dont 120 ...
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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 16:17

Un article écrit par Frédéric Lewino pour Le Point auquel j'ai collaboré avec plaisir. (texte intégral).

Envahis par les mobil-homes, les campings deviennent de véritables cités. Avec la cabanisation illégale, c'est désormais la principale menace de colonisation du littoral.

 

La soixantaine depuis longtemps dans le rétroviseur, Raymond et sa femme Odette restent des inconditionnels du camping. « Mais attention, précise-t-il avec véhémence, sous la tente ! » Ah bon, existe-t-il donc une autre forme de camping ? Que ne fallait-il pas dire ! Raymond explose : « Dites-moi, jeune homme, récemment, avez-vous visité un camping en bord de mer ? Certainement pas, car vous auriez alors remarqué que les tentes ont disparu, remplacées par des mobil-homes ! C'est plus des campings, ça. C'est devenu des... bétonlands ! »

Raymond n'est pas le seul à se sentir floué. De Dunkerque à Biarritz et de Perpignan à Menton, la plupart des campings se sont couverts de mobil-homes, les faisant ressembler à des lotissements. Ces minivillas sur roues connaissent un succès formidable. En douze ans, leur nombre est passé de 20 000 à 120 000 sur le littoral. Et l'invasion se poursuit au rythme de 20 000 unités par an ! Le vieil homme amer a bien raison : les campings, surtout 3 et 4 étoiles, sont devenus des villages de vacances où la tente nomade s'est transformée en villa sédentaire, la piscine en complexe nautique, l'épicerie en supermarché, le terrain de boules en tennis, la buvette en restaurant, et le juke-box en discothèque. C'est Sin City ! Alors que la loi littoral est parvenue ces dix dernières années à juguler l'appétit des promoteurs, les propriétaires de campings ont pu, en toute liberté, urbaniser leurs établissements. Deux poids, deux mesures.

Le mobil-home roule comme l'autruche vole... Les délégués régionaux du Conservatoire du littoral dénoncent unanimement ce phénomène paradoxal. « Toutes les communes de la Côte sont touchées », constate Christian Desplats, responsable de la région Paca.

Pour preuve, le Kon Tiki, un établissement installé le long de la plage de Pampelonne (commune de Ramatuelle), à deux pas de Saint-Tropez. Pas moyen de le manquer. Son propriétaire a érigé face à la mer une impressionnante « muraille de Chine » constituée d'une bonne trentaine de mobil-homes déguisés en paillotes polynésiennes pour faire avaler la pilule. Mais le meilleur est derrière : une immense fourmilière composée de centaines de mobil-homes serrés comme des sardines en caque. Ici, les riches retraités, propriétaires de leur résidence mobile. Là, celles qui sont louées à une clientèle aisée capable de payer jusqu'à 1 500 euros par semaine. Plus loin, les logements plus rustiques sont destinés aux familles. Enfin, parqué près de l'entrée, voici le camp des derniers des Mohicans à encore préférer la tente. Le Kon Tiki n'est qu'un exemple parmi d'autres. Il y a pis.

Ce succès colossal, le mobil-home le doit à de minuscules appendices qu'il cache piteusement sous lui : ses roues. Grâce à elles, la loi fait semblant de le confondre avec une caravane. Contrairement au bungalow cul-de-jatte, le mobil-home ne nécessite donc pas de permis de construire, n'est pas imposable et n'est frappé par aucun quota. Tout cela parce qu'il est censé pouvoir migrer. La bonne blague. Voilà exactement ce qu'un tout récent décret réclame comme performance à cette... résidence mobile : une surface inférieure à 40 m2, la capacité de rouler 500 mètres à 20 km/h et d'effectuer un virage, d'être bougé de son emplacement en moins de trente minutes. Dans les faits, le mobil-home roule comme l'autruche vole. Sa seule migration l'apporte de l'usine au camping.

Cette maison faussement roulante débarqua avec les Anglais dans les années 1970. L'invasion resta confidentielle jusqu'en 1997, quand Annette Roux, Pdg de Beneteau, a l'idée lumineuse de relancer son entreprise encalminée en lui faisant produire des mobil-homes imitant des villas miniatures. Le succès est immédiat. Dominique Guez, PDG d'Homair Vacances, à la tête de sept campings pour 3 200 mobil-homes, jubile : « Le potentiel pour le mobil-home est énorme. Nous réduisons l'espace alloué aux tentes chaque année. C'est la clientèle qui le veut. » Même si la vie en mobil-home dans ces parcs de loisirs n'a plus grand-chose à voir avec la vie sous la tente, les vacanciers n'y voient que du feu. « Ils se considèrent toujours comme des campeurs et revendiquent les notions qui sont associées à ce mode de loisir », explique France Poulain, une architecte qui a consacré sa thèse au camping.

La puissante Fédération de l'hôtellerie de plein air veille... Le succès du mobil-home a pris tout le monde de court, y compris les maires. Cependant, certains d'entre eux commencent à s'inquiéter de cette urbanisation insidieuse qui échappe à leur contrôle. Yvon Bonneau, maire de Perros-Guirec, se révolte : « Il est temps de réglementer les campings pour les empêcher de faire n'importe quoi. Ils devraient respecter une juste proportion entre les tentes et les caravanes. » Président de l'Anel (Association nationale des élus du littoral), Yvon Bonneau se plaint notamment de ne pas avoir été invité à la réflexion sur le récent décret redéfinissant les mobil-homes. Plus excédés encore, plusieurs maires de l'île de Ré et de la Côte basque ont pris un arrêté municipal pour assimiler les mobil-homes à des bungalows, afin de les soumettre à un permis de construire. Mais la mesure risque fort d'être annulée par les tribunaux.

De plus en plus de voix sur le littoral s'élèvent pour réclamer qu'un quota limite la présence de ces résidences (im) mobiles. Mais la puissante Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air veille au grain. Elle multiplie les mises en garde à l'administration contre toute velléité de limitation. Son président, Guylhem Féraud, n'hésite pas à se montrer menaçant : « Nous ne l'accepterons jamais. Nous sommes prêts à nous mobiliser... » C'est un ultimatum à peine voilé. Sans doute a-t-il été entendu, car, à la sous-direction de l'Urbanisme du ministère de l'Equipement, on ne parle plus vraiment de quota : « Si nous devions en instaurer un, les campings installeraient des caravanes bien plus moches à la place des mobil-homes. » Bref, l'affaire est pliée. Les campings vont pouvoir continuer à s'urbaniser et les défenseurs de la nature à crier : « Mobil go home ! »

Les squatters sont partout

Il y a peut-être encore plus inquiétant que la mue des campings, c'est l'installation illégale de caravanes, de mobil-homes (encore !) et de cabanons sur des lopins de terre non constructibles. Aujourd'hui, plus de 75 000 squatters colonisent abusivement le rivage français. Ils sont 560 sur la commune de Pénestin, dans le Morbihan, 5 000 dans l'Hérault, 6 000 sur l'île de Ré, 8 000 sur l'île d'Oléron, 11 000 sur la presqu'île de Sarzeau (Morbihan), Guillaume, ouvrier, raconte : « Quand j'ai eu mon premier gosse en 1982, j'ai renoncé au camping. Comme je n'avais pas les moyens d'aller à l'hôtel, j'ai acheté un petit terrain en Bretagne pour installer ma caravane. Les premières années, je repartais avec, mais après je l'ai laissée sur place, le maire fermait les yeux. » Puis Guillaume a installé une terrasse et des sanitaires extérieurs. Sa famille s'agrandissant, il a flanqué sa caravane de pièces supplémentaires. Haies de thuyas, allée en béton et clôtures parachèvent le chef-d'oeuvre. « Je n'ai jamais demandé aucune autorisation, je suis chez moi. Les pauvres aussi ont le droit de profiter de la mer ! » Au début des années 90, l'indulgence des maires s'est transformée en effarement devant le raz de marée, mais c'était trop tard pour l'endiguer ! Comment exproprier des centaines, voire des milliers de squatters bien décidés à défendre leur bien ? En 1997, quand le préfet du Morbihan a fait verbaliser 400 installations illégales à Quiberon, aussitôt les campeurs ont saisi leur député, qui a interpellé le gouvernement à l'Assemblée nationale. Le préfet a dû baisser pavillon. La jeune architecte France Poulain, auteur d'une thèse sur le sujet, fait les comptes : sur les 10 % d'installations verbalisées, seulement 2 % passent en jugement à cause de l'encombrement des tribunaux. Et, quand l'affaire est jugée, le propriétaire est relaxé sept fois sur dix. « Seulement 0,2 % des parcelles occupées illégalement retrouvent leur état naturel », explique France Poulain.

En novembre 2004, le préfet des Bouches-du-Rhône a fait démolir 17 cabanons sur la célèbre plage de Beauduc, à l'extrémité de la Camargue, mais elles étaient toutes sur le domaine maritime. Il en reste plus de 400 ! Le préfet de l'Hérault a lui aussi fait sonner la charge des bulldozers, mais c'était contre des restaurants de plage. Si la méthode forte n'a aucune chance de réussir, reste celle qui consiste à convaincre les squatters de quitter leur terrain pour se rassembler dans des parcs aménagés. Ce n'est pas gagné d'avance. « Je n'ai nullement l'intention de quitter mon petit coin pépère pour me trouver coincé dans un lotissement où on me demandera de payer », s'exclame Guillaume. « La pression populaire pour accéder au littoral est tellement forte qu'il serait vain de s'y opposer. Toute nouvelle contrainte serait aussitôt contournée par le flux », constate France Poulain F. L.

 © le point 23/06/05 - N°1710 - Page 86 - 3770 mots

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 09:21

Ces quelques lignes tirées d'une émission réalisée à partir d'un travail que j'ai fait pour l'observatoire du littoral.

Planète Mer par Nathalie Fontrel : les bidons-plages (lien pour écouter)Dimanche 29 Mai 2005

Certains les ont rebaptisés les bidon-plages comme il existe des bidonvilles. L'expression est un peu exagérée, mais la progression du camping caravaning sur des parcelles privées le long du littoral mite le paysage.
Tout a commencé dans les années 70 raconte une étude de l'Observatoire du Littoral. Les caravanes ont commencé à pousser sur des terres abandonnées par les agriculteurs. Les prix étant bien inférieurs à ceux des parcelles constructibles les pieds dans l'eau.
Au début, les caravanes arrivent et repartent tractées par la voiture des propriétaires estivants. Ils respectent ainsi la réglementation qui autorise l'installation de caravanes pendant 3 mois à condition que la parcelle soit située sur une commune qui n'interdit pas le stationnement hors des terrains de camping. Mais au fil du temps, la caravane devient mobile home et le mobil home n'est plus mobile du tout. On l'agrémente d'une terrasse ou d'une véranda. On construit des abris pour le coin salle de bain, l'atelier bricolage et jusqu'à la chambre d'amis. Bref, ce n'est plus vraiment du camping mais une résidence secondaire. Par souci d'esthétisme et parce que pour beaucoup, la friche est une nature menaçante, les estivants entretiennent leur terrain, plantent des arbres. Ils veulent ainsi dissimuler leur habitat derrière des haies de thuyas ou de sapins. Mais en faisant cela ils signalent leur présence : ce carré vert au milieu d'un paysage de landes ou de friches c'est fatalement le signe que le terrain est habité. On estime que plus de 80% des installations de camping caravaning sur des parcelles privées sont illégales. Les associations de protection de l'environnement et même des élus les critiquent : ce sont des verrues, des bidon-plages. D'autant qu'ils ne bénéficient pas des infrastructures élémentaires pour évacuer et dépolluer les eaux usées. Mais les propriétaires eux estiment qu'ils sont chez eux.

 

Les archives © Radio France 2005

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